Ces temps, je me disais: mais où est donc passée Greta? Le coronavirus aurait-il réussi ce que les dirigeants arrogants ont échoué à faire depuis deux ans: chasser des écrans et des priorités médiatiques cet emblème farouche et nécessaire de la lutte pour le climat? En réalité, il y a une semaine, la jeune militante suédoise a donné discrètement de ses nouvelles en informant qu’à l’instar du monde entier, elle cessait tout déplacement et se tenait confinée, «probablement infectée par le virus».

Ce qui ne l’empêche pas, comme le relève le magazine Rolling Stone, de continuer son combat en ligne et de demander, encore et toujours, que des mesures concrètes soient prises pour que la planète cesse de s’enflammer. «Pas besoin d’avoir la plus grosse voiture, ni d’attirer le plus l’attention. Nous devons juste… nous devons davantage prendre soin les uns des autres», dit joliment la célèbre adolescente.

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Son credo est d’autant plus brûlant que, du Courrier international au Monde diplomatique, des articles récents et passionnants détaillent le lien entre les nouvelles épidémies et la destruction des habitats naturels des animaux porteurs de ces virus tueurs. Que ce soit Ebola ou des virus moins connus comme Nipah ou Marburg, et bien sûr le SARS-CoV-2, le processus est chaque fois le même.

Chauve-souris chassée de chez elle

Parce que l’homme, pour des impératifs économiques, s’approprie leurs lieux de vie en abattant les arbres où elles ont l’habitude d’aller se percher, les chauves-souris se rapprochent des habitats humains. Elles entrent alors en contact avec l’homme lorsque par exemple quelqu’un mord dans un fruit sur lequel une chauve-souris a bavé et, par un phénomène appelé zoonose, ou «passage de la barrière d’espèce», les microbes, inoffensifs pour elles, «peuvent s’adapter à nos organismes et évoluer au point de devenir pathogènes». Bon, pour le corona, comme chacun le sait maintenant, un pangolin s’est intercalé dans le processus, mais l’idée de base demeure: qui abat un arbre récolte un virus.

La jeunesse dit non

A la poubelle, l’image bien pratique de l’animal sauvage et maléfique comme seul acteur de notre malheur actuel! Une fois de plus, l’homme est à l’origine de sa propre perte et, comme dans une tragédie grecque, refuse de voir qu’il a allumé l’incendie qui le consume et consume ses enfants avec lui. Car, encore une fois, si Greta Thunberg est si dérangeante, c’est qu’elle parle au nom de cette jeunesse qui ne veut pas de la planète cramée que nous sommes en train de lui léguer. Même infectée et au lit, Greta dit non à l’argent, oui à la vie. Ce credo n’est ni simpliste, ni simplet, c’est la seule garantie de notre survie.


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Le coronavirus nous rend-il meilleurs ou pas?

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