George Bush a un «problème». Il a fini par comprendre que la «barrière de sécurité» dont le gouvernement israélien a entrepris il y a un an la construction autour des territoires palestiniens n'est pas un chemin très sûr vers la paix. Vu de Washington, à vrai dire, ce n'est pas tant le principe de cette séparation qui fait débat, que son tracé jamais rendu public. Mahmoud Abbas, qui avait précédé Ariel Sharon à la Maison-Blanche, a expliqué vendredi dernier au président, cartes en main, ce que représente le mur vu du côté palestinien: un nouveau grignotage de leurs terres, pour permettre aux colonies israéliennes d'être reliées à l'Etat hébreu. La barrière sinueuse, partout où elle passe, multiplie les nouveaux problèmes inextricables. C'est une autre route vers la guerre.

Ariel Sharon justifie son entreprise par la nécessité d'arrêter les porteurs de bombes avant qu'ils n'entrent en Israël. Il n'est pas très difficile de soutenir l'argument inverse: l'humiliation palestinienne, ainsi augmentée, est un supplément au ferment du terrorisme. Et puis les auteurs d'attentats n'ont pas besoin d'emprunter ce chemin: deux d'entre eux, il y a quelques mois, venaient de Londres…

Le «mur», alors, a-t-il un autre objectif, difficilement avouable? C'est ce qu'affirment les Palestiniens. Et ce qui se passe le long de la barrière leur donne raison. Des villages sont placés dans des conditions où la vie n'est plus possible. Leurs habitants sont en fait incités à partir, et cela ressemble à du nettoyage ethnique.

Pour le moment, George Bush, qui marche sur des œufs électoraux, ne demande apparemment qu'une modification du tracé de la barrière. Pour le reste il cultive, dans ses échanges avec le premier ministre israélien, une unité de ton antiterroriste. Mais la paix n'est pas au bout de ce ressassement. Il vaudrait mieux pour cela qu'un dirigeant américain trouve le cran de dire – même discrètement et dans des conditions très différentes – ce que Ronald Reagan avait lancé à Mikhaïl Gorbatchev: «Abattez ce mur, M. Sharon!»

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