Et puis quoi encore?, serait-on tenté de dire. Mais au-delà de cette question brutale mais légitime, c’est avant tout un profond malaise qui transparaît de la nouvelle polémique émanant de Bâle-Campagne. A Therwil, deux écoliers musulmans ont décidé de ne plus serrer la main du personnel enseignant féminin. Et ils ont obtenu gain de cause. Du moins pour l’instant. La décision choque. A plus d’un titre.

D’abord, l’attitude de ces écoliers dénote une forme d’irrespect et contrevient au principe du «vivre ensemble». Jusqu’où doit aller la liberté religieuse dans le cadre scolaire? Le Tribunal fédéral a déjà tranché, en refusant en avril 2013 une dispense de piscine à une élève musulmane de 14 ans. Avec l’argument suivant: sa participation aux cours de natation ne constitue qu’une atteinte «limitée et proportionnée» à sa liberté religieuse. On peut difficilement penser qu’une simple poignée de main le soit davantage.

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Ensuite, la réaction même de l’école, où s’est déroulé le psychodrame, est inadmissible. La direction, qui se dit «démunie», a accepté une exception, en précisant que les deux écoliers en question devaient du coup aussi renoncer à serrer la main aux enseignants masculins… Pour ne pas froisser les femmes qui se sentiraient discriminées. Une décision saugrenue, incompréhensible, qui manque de courage.

Les réactions, outrées, ont vite fusé. Le président de la Conférence suisse des directeurs cantonaux de l’instruction publique a très clairement qualifié la décision d’«erreur». La ministre socialiste Simonetta Sommaruga, aussi.

D’autres, à l’image de Saïda Keller-Messahli, présidente du Forum pour un islam progressiste, insistent sur la nécessité de ne pas céder aux pratiques «extrémistes», qui reviendrait à «ouvrir la porte aux exigences de l’islam politique».

Mais c’est bien autour du rôle de l’école que le débat doit tourner. Si elle avait eu plus de tact et de sens commun, la direction aurait peut-être pu tuer l’affaire dans l’œuf. Par le dialogue et le rappel de certaines valeurs. Comme celle qui veut que la liberté religieuse s’incline devant la mission d’intégration de l’école.

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