«Le Tour de France est une maladie dont on ne guérit pas», écrivait Antoine Blondin, chantre éternel de la légende vélocipédique. En cette édition 2009, aucune affaire de dopage n’est venue entacher la Grande Boucle – attention tout de même aux effets rétroactifs… Du coup, on voudrait se remettre à croire aux remèdes miracle et aux valeurs saines.

On aimerait, mais on ne sait pas si on peut. Cette année, les héros ont été au moins aussi formidables et performants que les précédentes. Alberto Contador, athlète exceptionnel, si céleste avec son destin bouleversant en bandoulière; les frères Schleck, qui véhiculent candeur et panache dans les cols; et puis Lance Armstrong, l’incomparable guerrier, le miraculé permanent, le revenant qui parvient enfin à susciter l’amour des foules ébahies par tant de détermination.

Ça, c’est du sport, du vrai, du beau, du comme on l’aime! Enfin, comme on aimerait l’aimer, mais on ne sait pas si on peut. C’est là que le bât blesse les grands enfants que nous sommes tous: on ne sait plus si on a le droit de s’enflammer. Ce devoir de réserve finit par gâcher le plaisir. Derrière l’accès d’enthousiasme envers de si nobles champions se niche, peut-être, un excès de complaisance envers des tricheurs potentiels. Sommes-nous trop méfiants face à l’exploit ou, au contraire, nous montrons-nous trop naïfs en encensant l’exemplarité des vedettes? La chronique, partie prenante d’un système qui a tout de la pompe à fric, ne sait plus. Ou ne veut plus savoir.

Quoi qu’il en soit, les cyclistes ont mille fois raison sur un point: pourquoi eux et pas les autres? Pourquoi canarde-t-on le Tour de France à coups de doutes et de sarcasmes, alors qu’on laisse en paix la Ligue des champions et Roland-Garros? Il y a des jours où on se dit qu’il faudrait accepter la fatalité: pour mettre du beurre dans l’audience et booster les parts de marché, tous les moyens sont bons, à commencer par le dopage. Il y a d’autres jours où on se reprend: oui à l’éthique, dehors les tricheurs! Bref, on ne sait plus. C’est à se demander si le sport de haut niveau et les passions qu’il engendre sont des maladies curables.

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