Le président Trump a annoncé qu’il se retirerait de l’accord nucléaire avec l’Iran à la date du 12 mai prochain, à moins que le Congrès et ses partenaires européens ne corrigent ce qu’il considère comme des vices rédhibitoires du contrat de 2015. Il demande aux Européens d’accepter de négocier un complément à l’accord de Vienne, portant notamment sur l’interdiction des missiles balistiques, l’extension du champ des inspections, la prolongation pour une durée illimitée des restrictions apportées au développement nucléaire de l’Iran, l’interdiction des flux financiers qui facilitent l’activité dans la région des Gardiens de la Révolution islamique et des milices qui leur sont inféodées, en premier lieu le Hezbollah, et les violations des droits de l’homme en Iran et du droit international humanitaire en Syrie.

A l’appui de ces objectifs, un nouveau régime de sanctions multilatérales, ciblant personnellement les responsables des activités incriminées par Washington doit être élaboré. Sinon, Donald Trump réintroduira les sanctions générales de nature financière frappant la République islamique au titre de son programme nucléaire, ce qui constituerait une rupture des obligations contractuelles des Etats Unis, mais peu lui chaut. Il ouvrirait ainsi la voie à la résiliation de l’accord par l’Iran.

Macron à la Maison-Blanche

Or les Européens cherchent au contraire à préserver l’accord et à éviter que l’Iran n’en sorte. Il y va de la sécurité de l’Europe, qui dépend entre autres de la stabilité au Moyen-Orient. Si l’Iran reprenait le développement de ses capacités nucléaires, y compris l’enrichissement d’uranium, il s’ensuivrait un danger de guerre accrue et un risque de prolifération nucléaire. Les Européens, derrière la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne, signataires de l’accord, cherchent le moyen de calmer le jeu, soit de faire suffisamment droit aux exigences de Donald Trump pour le détourner de son projet sans aliéner les Iraniens au point qu’ils n’en viennent de leur côté à renoncer à l’accord.

C’est une partie diplomatique très difficile qui se joue. Le 24 avril le président Macron se rendra à la Maison-Blanche pour faire état des réflexions et des propositions de ses collègues de l’Union européenne.

Les Européens partagent certaines des préoccupations de Donald Trump. C’est ainsi qu’ils ont tenté sans succès d’amener l’Iran à s’interdire de mettre au point et d’employer des missiles balistiques de portée intercontinentale et des missiles capables d’emporter une charge nucléaire.

Jeu douteux des Etats-Unis

L’UE constate tout comme le président des Etats Unis la nocivité des interventions des Gardiens de la Révolution en Syrie, au Liban et au Yémen mais n’en tire pas les mêmes conclusions. Les Européens hésitent à désigner les milices iraniennes ou libanaises – le Hezbollah – comme organisations terroristes: cela peut déstabiliser l’équilibre politique en Iran et au Liban et durcir la position des extrémistes au détriment des réformateurs du parti du président Rohani, alors que ceux-ci ont le vent en poupe en Iran.

Cela dit, les Européens n’excluent pas d’imposer de nouvelles sanctions à l’Iran comme le propose le président Trump, mais ils sont déterminés en tout état de cause à maintenir en vigueur l’accord nucléaire. Celui-ci fonctionne, les Iraniens en respectent les clauses. Même s’il ne résout pas tous les problèmes – missiles balistiques, interventions militaires, affrontement avec l’Arabie saoudite et – il a le mérite d’exister. L’UE est tout aussi décidée à poursuivre la coopération économique avec la République islamique, véritable contrepartie de l’accord de 2015, et à protéger les entreprises européennes menacées de «sanctions secondaires» si elles commercent avec Téhéran sans tenir compte de l’ukase de Washington.

La responsabilité d’une éventuelle scission transatlantique sur cette question incomberait clairement au jeu douteux des Etats-Unis.

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