Incidences

Accord nucléaire: les Européens pourront-ils empêcher la guerre?

OPINION. D’ici à la fin de cette semaine, Donald Trump doit décider du renouvellement, ou non, de sanctions à l’égard de l’Iran qui pourrait rendre l’accord sur le nucléaire caduc pour Téhéran. Une stratégie irresponsable, juge notre chroniqueur François Nordmann

A la fin de cette semaine le président des Etats-Unis décidera de lever ou de maintenir le régime de sanctions économiques contre l’Iran. Lors de la conclusion de l’accord nucléaire avec l’Iran en 2015, le Sénat n’a pas abrogé formellement les sanctions en vigueur. Il s’est borné à autoriser le président à les suspendre pour une période renouvelable de quatre mois.

Donald Trump ayant annoncé au cours de sa campagne électorale qu’il comptait se débarrasser de l’accord nucléaire, il renâclait à chaque fois qu’on lui présentait le décret suspendant l’application de sanctions. Le 12 janvier dernier, il a adressé un ultimatum non pas à l’Iran mais à ses alliés européens, France, Allemagne et Royaume-Uni, les sommant de corriger ce qu’il appelait les défauts du Plan d’action global commun.

En fait il voulait en faire modifier certaines dispositions (rendre la durée de l’accord illimitée) ou le compléter par des mesures restreignant la capacité de l’Iran de développer des missiles balistiques de longue portée. Il visait également l’activité des milices iraniennes ou soutenues par l’Iran en Syrie, au Liban et au Yémen, facteur d’instabilité régionale.

L’Iran respecte ses obligations

Le général Mattis, avant de devenir ministre de la Défense, recommandait aux Etats Unis de respecter leur signature et de continuer à appliquer le Plan global, tout en renforçant les contrôles pour s’assurer que l’Iran s’y conformait de son côté. Puis de rechercher séparément les moyens d’interdire la fabrication de missiles et l’activité militaire de l’Iran hors de ses frontières. Mais, pour des raisons de politique intérieure, Donald Trump s’en prend à l’accord lui-même. La démarche adoptée par les Européens s’inspire des idées du général Mattis.

Les Européens constatent que l’Iran respecte ses obligations, comme en atteste l’Agence de l’énergie atomique de l’ONU à Vienne. Mais ils partagent, sur le fond sinon sur la méthode, les préoccupations des Etats-Unis relatives aux risques dus à la production ou à l’utilisation de missiles balistiques et au rôle de l’Iran dans les guerres du Moyen-Orient. Emmanuel Macron s’en est fait l’écho au mois de septembre 2017 dans son discours à l’Assemblée générale de l’ONU. De plus, contrairement à ce qu’on a pu lire ici ou là, les pays signataires de l’accord – parmi lesquels la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne – conservent une responsabilité directe dans le règlement des différends et en cas de non-respect de l’accord.

Leur action est tout à fait légitime. Et, de fait, en réponse aux demandes comminatoires de Washington, des diplomates de ces pays, accompagnés d’une représentante de l’Union européenne, discutent depuis lors avec un haut responsable du département d’Etat de textes qui iraient à la rencontre des exigences du président Trump, tout en plaidant pour que les Etats-Unis s’en tiennent à l’accord actuel. Ils ont proposé d’imposer de nouvelles sanctions à l’Iran en raison de son programme balistique et de son soutien aux milices subversives au Moyen-Orient. Ils ont subi un premier revers quand le Conseil des ministres européens a refusé de les suivre sur le terrain de nouvelles sanctions.

Stratégie irresponsable

Pour l’heure, il s’agit de limiter les dégâts: Donald Trump fait monter la pression en jouant sur différents scénarios. Va-t-il refuser de suspendre plus longtemps les sanctions américaines? Va-t-il renouveler les sanctions «secondaires» qui frappent les entreprises non américaines qui ont des activités en Iran? Voudra-t-il in extremis donner plus de temps aux Européens? Cette stratégie de l’incertitude tirée de The Art of the Deal ajoute à la situation déjà compliquée un effet de tension et de crise totalement irresponsable dans les circonstances actuelles.

Les Européens voudront ensuite s’assurer que l’Iran reste lié par l’accord et que celui-ci continue à déployer ses effets. A défaut, l’Iran reprendrait ses activités d’enrichissement et toute la région serait exposée à un risque de guerre aux conséquences les plus graves.

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