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Une élève lors d'un test de français dans une école zurichoise, en 2015.
© Keystone / GAETAN BALLY

Langue

Accord du participe passé: une proposition belge sème la discorde

Deux anciens professeurs proposent de rendre le participe passé invariable avec l’auxiliaire avoir. Publiée dans «Libération», leur tribune déclenche un torrent de réactions offusquées

Quelle mouche a donc piqué les Belges? Ils ont osé toucher à un symbole de la langue française: l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir. La Fédération Wallonie-Bruxelles souhaite changer cette règle jugée absurde et inutilement complexe. Pour défendre cette idée explosive, deux anciens professeurs belges sont montés au front en publiant une tribune dans le quotidien Libération: «Il serait absurde de croire que notre orthographe aurait atteint un degré de perfection intangible. Cela reviendrait à la considérer comme morte.»

Une erreur – volontaire – s’est glissée dans le titre du texte: «Les crêpes que j’ai mangé.» De quoi provoquer des haut-le-cœur. Car il faut écrire: «Les crêpes que j’ai mangées.» Point final. «Ah non! Pas touche à l’accord du participe passé! C’est une des règles les plus élégantes de la langue française», s’offusque le journaliste Aymeric Caron sur Twitter.

Gymnastique intellectuelle

Sur les réseaux, la levée de boucliers est quasi générale. «Il faut être sot pour penser et dire que l’orthographe est la science des ânes. Aussi ardu soit-il, l’accord du participe passé avec l’auxiliaire avoir est un exercice de gymnastique intellectuelle qui fait appel à l’agilité de notre esprit, donc à notre intelligence», affirme Olivier Siou, rédacteur en chef adjoint du service politique de France Télévisions. Darius Rochebin défend lui aussi ce trésor de la francophonie: «Se rappeler que les règles, même quand elles sont arbitraires à l’origine, sont maintenant le corps vivant de la langue. Danger de mutilation, danger de se couper des grands auteurs.»

Les auteurs de la tribune font appel à l’esprit critique des amoureux des belles lettres. «L’orthographe n’est pas la langue, mais l’outil graphique qui permet de transmettre, de retranscrire la langue, comme les partitions servent la musique. Puisque les langues évoluent, leur code graphique devrait en faire autant, ce qu’il n’a cessé de faire en français», peut-on lire dans leur texte.

Pour appuyer leur propos, ils rappellent un épisode historique amusant. Au XVIe siècle, après un séjour en Italie, le poète français Clément Marot fait la promotion de la règle des accords avec l’auxiliaire avoir. Qu’en pense Voltaire? «Il a ramené deux choses d’Italie: la vérole et l’accord du participe passé. Je pense que c’est le deuxième qui a fait le plus de ravages.»

Règle artificielle

L’auteur du Traité sur la tolérance ne pouvait être plus virulent. Le Bescherelle lui donne raison, l’ouvrage de référence désigne cette règle comme «la plus artificielle de la langue française». Quelques voix s’élèvent pour défendre la proposition des anciens professeurs. C’est le cas de Laélia Véron, titulaire d’un doctorat en langue française. Elle a consacré une série de tweets à ce sujet de crispation. «Les complications de cette règle servent-elles à quelque chose? Je pense qu’on ne doit pas considérer la grammaire comme une religion révélée et oser se poser la question. La complexité oui, si elle a un sens. La complexité pour la complexité (vide), non.» Il faut dire qu’une ribambelle d’exceptions compliquent la tâche des scribouillards que nous sommes.

Lire aussi: A Bruxelles, le laboratoire de la francophonie plurielle

Un internaute taquin s’étonne de lire des réactions offusquées sur Twitter, où le français est régulièrement maltraité. «Toutes ces personnes qui massacrent l’orthographe, la conjugaison et la grammaire 24h sur 24 sur Twitter mais qui se soulèvent pour défendre l’accord du participe passé qu’ils ne maîtrisent pas plus», lâche @TheFrenchPharma. Un vif débat qui amuse l’humoriste belge Charline Vanhoenacker. «Mais les amis, si on n’accorde plus le participe, on gagne de la place! Pardon, mais en Belgique, on ne publie pas toujours des romans. Nous, on fait dans la BD, il faut que ça rentre dans les bulles!» a-t-elle affirmé mardi sur France Inter.

Le pays aux trois langues serait moins conservateur que le voisin français. Les auteurs de la tribune s’en prennent d’ailleurs à une institution de l’Hexagone: «Quant à l’Académie française, n’étant pas composée de linguistes, elle n’est jamais parvenue à produire une grammaire décente et ne peut donc servir de référence.» Tonnerre de Brest! Pour couper court à toute polémique, les autorités de la Belgique francophone ont démenti plancher sur une telle réforme. De quoi soulager, sans doute, les immortels.

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