Neutralité, solidarité. Dans sa gestion de la guerre en Ukraine, la Suisse officielle puise dans ses références mythiques. Si la neutralité imprègne les discussions sur les sanctions et l’envoi d’armes à destination de Kiev, c’est la tradition humanitaire qui sert de boussole pour l’accueil des réfugiés fuyant les combats. Terre originelle de la Croix-Rouge, dépositaire des Conventions de Genève, la Confédération a tout pour bien faire dans ce domaine.

Une politique à saluer

Berne et les cantons maintiennent le cap, souhaitant accueillir et encadrer tous les Ukrainiens fuyant l’invasion de la Russie. Cette politique ne peut qu’être saluée. Face à une guerre qui poursuit ses ravages et multiplie les morts, la réponse solidaire des autorités est la bonne.

Certains points ne manquent pas d’intérêt. L’un d’eux est le rejet sec et sans appel de la différenciation des régions d’origine. Karin Keller-Sutter ne veut pas en entendre parler. Elle reste ferme face à des élus de droite, désireux de durcir les conditions et de se limiter aux ressortissants de l’est de l’Ukraine, région où l’armée de Vladimir Poutine concentre sa brutalité et ses objectifs de conquête.

Ce choix politique réveille les questions d’égalité de traitement entre migrants. Sans minimiser ou relativiser l’accueil généreux des Ukrainiens, force est de constater que cette approche large et généraliste n’est pas toujours appliquée (ou ne l’a pas toujours été). Ethiopie, Afghanistan, etc.: la Confédération considère parfois que, dans des pays plus lointains, seules certaines régions connaissent la violence et restreint sa protection en conséquence.

Suivre l’Europe

Deuxième constat intéressant, lié au premier: l’engagement maintes fois réitéré de Karin Keller-Sutter à se calquer sur l’Union européenne. Ironie du sort, voici que la ministre libérale-radicale, pourtant farouchement opposée à l’accord-cadre institutionnel avec Bruxelles pour ses incidences redoutées sur l’immigration, se coordonne au millimètre avec le grand voisin… précisément dans une question migratoire. Dans une crise d’une telle importance, Berne ne peut faire bande à part et jouer sa partition dans son coin.

Le drame en Ukraine chatouille donc certaines lignes. Les autorités misent sur la collaboration internationale et la population semble adhérer dans sa majorité. Pour que cette tendance ne s’étiole pas, il s’agira de faire preuve de doigté et de transparence. Car de nouveaux défis vont poindre. Les coûts de l’accueil, par exemple: il serait dangereux d’instaurer un tabou autour des réalités financières. Pour l’instant, le Conseil fédéral compte sur les dépenses extraordinaires. Cela se justifie. Mais si la situation perdure, la question des arbitrages se posera.

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