Incidences

Les acquis du sommet du G20 à Brisbane

Il est facile de dauber sur le sommet du G20 qui vient de se tenir à Brisbane, de n’y voir qu’une rencontre consacrée à la rhétorique avec le décorum propre aux réunions de chefs d’Etat et de se plaindre de l’absence de résultats. Cette conférence n’est certes pas à l’abri de toute critique. Certains observateurs considèrent même que ce fut le moins substantiel des neuf sommets qui se succèdent régulièrement depuis 1999, en termes de créativité. Les chefs d’Etat ont surtout passé en revue l’activité d’autres organismes, se gardant généralement d’exprimer une pensée novatrice de leur cru. Mais, même dans cette optique, on ne peut minimiser la valeur de l’exercice.

Le G20 se porte bien. Ce n’est pas une institution à proprement parler – l’idée d’un secrétariat permanent est passée à la trappe – mais il a tout d’un club anglais classique: un cadre pour des échanges privés, des réunions formelles, des compromis et des solutions à l’amiable, avec ses rites et ses marottes. C’est une plateforme, un «hub», au centre d’un réseau de pays développés et émergents d’un certain poids, qui se reconnaissent pour égaux et cherchent à maîtriser en souplesse les aspects économiques, financiers, sociaux et même parfois politiques liés à la mondialisation. L’instrument est loin d’être parfait, mais il se rapproche de ce qui devrait constituer la gouvernance mondiale. Ses membres adoptent des positions communes, de plus en plus précises, dans des domaines naguère réservés à la souveraineté nationale qu’ils franchissent parfois afin d’assurer une meilleure régulation universelle, par exemple dans le secteur bancaire. Ils donnent des impulsions politiques souvent décisives à des organisations telles que l’OCDE et le FMI ou encore la Banque mondiale, auxquels ils confient de véritables mandats ou dont ils reprennent les conclusions. Ils s’appuient sur les travaux du conseil de stabilité financière, qu’ils ont eux-mêmes créé à leur début, et qui veille à la santé du système bancaire. L’augmentation des fonds propres que les banques doivent détenir, à quoi va maintenant s’ajouter un «coussin» de fonds privés, c’est l’effet de mesures lancées par le conseil de stabilité. Le problème de l’évasion et de l’optimisation fiscales, celui des hedge funds, la lutte pour l’échange automatique d’informations sont des activités de l’OCDE soutenues, encouragées et quelquefois initiées par le G20.

Prenons le changement climatique, un des acquis majeurs du sommet. Tony Abbot, le premier ministre conservateur australien qui préside le G20, ne voulait pas que le sujet soit mentionné dans le communiqué final. Il a dû s’y résoudre sous la pression de son ami David Cameron, premier ministre britannique, et du président Barack Obama. Au lendemain de la déclaration conjointe de la Chine et des Etats-Unis sur la réduction des émissions de gaz carbonique, les leaders s’engagent à signer un accord juridiquement contraignant à la conférence de Paris en décembre 2015, pourvu que tous les Etats y adhèrent. Ou dans un autre domaine, les mesures anti-corruption: la Chine qui jusqu’à présent refusait de souscrire à une déclaration sur ce thème sensible a fini par l’accepter.

Le sommet a aussi endossé la nouvelle «facilité mondiale pour les infrastructures» annoncée il y a quelques jours par la Banque mondiale pour relancer les partenariats public-privé à grande échelle et à long terme dans des projets d’infrastructure destinés aux pays en développement. D’autre part, le G20 a salué la perspective de conclure le Cycle de Doha au sein de l’OMC.

Le G20 a repris les objectifs de croissance élaborés par le FMI, en leur donnant plus de visibilité à défaut de crédibilité… Il partage les craintes du FMI relatives à une reprise en dents de scie et à l’écart entre les économies américaine et britannique, d’une part, et celles de la zone euro. Celle-ci a été appelée à en faire plus pour la relance, par des investissements publics et par de véritables politiques budgétaires. Une liste comportant 800 réformes de structures a été validée par les chefs d’Etat. Le G20 s’est aussi penché sur les questions énergétiques: il en fait une priorité et a chargé les ministres de l’Energie – qui se réuniront pour la première fois dans ce cadre – de préparer le sommet de 2015 en Turquie.

Il en ira de même dans le secteur de la santé publique. La déclaration sur Ebola va au-delà de la lutte immédiate contre l’épidémie actuelle. Le G20 se dote d’un agenda: il entend prendre des mesures de prévention contre des pandémies futures, contribuer au renforcement des systèmes sanitaires nationaux et à leur capacité de prévention et de réaction. Il entend aussi traiter de la résistance aux antibiotiques. Il compte sur le Groupe de la Banque mondiale et le FMI pour fournir des ressources supplémentaires. C’est une approche complémentaire de celle de l’OMS, et qui pallie les insuffisances de l’organisation…

La session de 2014 a été marquée par la dispute autour de l’Ukraine, évoquée par les participants sans être mentionnée dans le communiqué. Elle n’a pas donné lieu à une déclaration séparée, pas plus que les crises du Moyen-Orient. Pourtant, l’impact de l’affaire ukrainienne sur l’économie mondiale est une dure réalité.

Le G20 n’est pas à l’abride toute critique. Mais il se porte bien et on ne peut pas minimiser ce qu’il produit

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