Des scènes comme celle du théâtre de la Doubrovka à Moscou en 2002 semblaient appartenir au passé. Des femmes voilées, portant des ceintures d’explosifs, avaient effectué une prise d’otages spectaculaire. Lundi, deux jeunes femmes ont pourtant humilié le pouvoir russe en se faisant exploser dans deux stations du métro moscovite proches du siège du FSB (services secrets russes) et du Ministère de la défense.

Le président Dmitri Medvedev est confronté à un facteur de déstabilisation dont il se serait bien passé. Il vient de mettre sur pied une stratégie moins militaire et plus globale pour lutter contre l’islamisme radical en privilégiant le développement socio-économique des républiques très instables et pauvres du Caucase du Nord. Des barons locaux d’Ingouchie et du Daguestan ont été limogés. A Grozny, les milliards déversés pour reconstruire la capitale tchétchène ont presque fait oublier la dictature de fait imposée par Ramzan Kadyrov, un ex-rebelle proche de Moscou.

Le double attentat, à en croire un faisceau d’indices, a été commandité par des islamistes caucasiens. Peut-être en représailles d’une opération punitive menée par le pouvoir russe contre les auteurs présumés d’un acte terroriste perpétré dans le train Moscou - Saint-Pétersbourg en novembre dernier. Ce geste de défiance va pousser le maître du Kremlin à une répression ostentatoire afin de remettre à l’ordre ceux qui, comme «l’émir du Caucase» Dokou Oumarov, manipulent des femmes pour les envoyer au martyre et plaident pour l’instauration de la charia dans toute la région. Moralement, Dmitri Medvedev bénéficie du fort soutien des leaders occidentaux qui ont condamné sans réserve les actes terroristes de lundi, gardant à l’esprit que leurs populations sont elles aussi à la merci d’attentats tels que ceux de Londres en 2005.

L’opération kamikaze d’hier comporte un autre risque: celui d’apporter de l’eau au moulin des xénophobes d’extrême droite russes qui ont fait de la haine du Caucasien leur principal programme politique.