Les parlements communaux sont-ils en crise? Oui, à en croire l'article publié le 31 janvier par Le Temps, qui fustige l'immobilisme de ces élus qui refusent de voir la réalité en face et de diminuer la taille de leur Conseil. Cependant, la réalité est plus complexe qu'il n'y paraît.

Causes

Les maux sont identifiés: difficulté à remplir les listes électorales, absentéisme élevé et important taux de rotation parmi les élus en cours de législature. La solution préconisée, à savoir une diminution du nombre des conseillers communaux, ne permettra pas cependant de résoudre ce qui relève davantage d'un problème de société et que d'une inadaptation des institutions.

L'aptitude d'un parti à remplir ses listes électorales est liée fondamentalement à l'attrait qu'il peut exercer sur les citoyens, des listes incomplètes étant souvent le reflet d'un manque de dynamisme.

L'absentéisme quant à lui tient avant tout à l'évolution d'une société qui offre une palette de loisirs sans cesse croissante, ainsi qu'à l'aisance dans laquelle nous vivons et qui nous permet de répondre à cette offre. Par ailleurs, la plupart des élus sont également engagés dans les milieux associatifs et peinent souvent à conjuguer plusieurs activités de front.

Niveau de débat

Quant au taux de rotation, s'il provient pour une part de la déception que d'aucuns peuvent ressentir face à la médiocrité de certains débats (mais qu'ont-ils fait eux-mêmes pour élever le niveau?), il trouve sa principale origine dans une mobilité toujours plus grande de la population.

Diminuer le nombre de conseillers communaux ne résoudra pas ces problèmes, en revanche une telle mesure en créera d'autres.

A Vevey, par exemple, un Conseil communal de 100 membres permet la mise sur pied de commissions intégrant l'ensemble des sensibilités politiques qui y sont représentées. Diminuer le nombre d'élus au plénum, c'est réduire la taille des commissions au détriment des petites formations. Une telle mesure accroîtrait parallèlement le travail des conseillers restants. Ce qui aggraverait encore le taux de rotation.

Possibilités limitées

Enfin, ce qu'on ne peut percevoir du dehors, c'est que l'ossature des partis politiques est constituée en premier lieu par ses conseillers communaux. Diminuer leur nombre, c'est diminuer la capacité de mobilisation, d'action, de proposition et de financement de l'ensemble de la structure. Cela revient donc à affaiblir davantage les partis.

Il existe une idée répandue selon laquelle des parlements restreints sont capables de débats de meilleurs niveaux. Les conseillers communaux neuchâtelois ou valaisans sont-ils plus performants dans l'exercice de leur fonction que les élus vaudois? Cela reste à démontrer. D'ailleurs, rien ne nous garantit que seuls les meilleurs d'entre eux survivraient à la cure d'amaigrissement préconisée.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.