Adalbert Durrer a sans doute été un président très malheureux. L'erratisme de ses positions politiques aurait été dû, dit-on, à une quête éperdue de légitimation, au besoin impérieux d'être en phase avec l'opinion dominante, à l'obsession de se retrouver personnellement dans le camp de la majorité. Habitué au soutien quasi unanime de sa petite communauté alpestre, il aurait recherché la même reconnaissance au sein de son parti. Or, la présidence d'un parti n'est pas le biotope idéal pour l'épanouissement d'un tel profil psychologique et celle du Parti démocrate-chrétien moins que tout autre.

Président malheureux, Adalbert Durrer a aussi été un président désastreux. On attend d'un président qu'il rassemble, qu'il rassure, qu'il recherche le compromis et la synthèse. Au contraire, Adalbert Durrer a été un facteur de division. Là où il aurait dû construire des ponts, il a élargi les fossés en travaillant à courte vue, ouvertement ou dans l'ombre, pour un seul camp. Il a notamment contribué personnellement à l'échec d'un contre-projet à l'initiative «Oui à l'Europe!», qui aurait pourtant évité au parti comme au pays un psychodrame majeur.

Là où la situation appelait un équilibriste spécialiste du grand écart, à l'ego blindé et prêt à payer en popularité et en confort personnel pour concilier des positions difficilement conciliables, le PDC s'était donné un président affamé de reconnaissance politique comme d'autres sont affamés de reconnaissance sociale. Le PDC est, quoi qu'il arrive, condamné à vivre avec ses contradictions, mais il ne peut pas se permettre une nouvelle fois une pareille erreur de casting.

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