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Adapter, c’est trahir… ou pas

Si Vincent Perez avoue avoir sciemment trahi un roman de Hans Fallada, Eric-Emmanuel Schmitt affirme au contraire l’importance pour un film de rester fidèle au livre qui l’a inspiré

Le Livre sur les quais, à Morges, a vécu le week-end dernier une huitième édition en forme de transition entre une manifestation entièrement gratuite et un salon où les rencontres et débats sont désormais payants – une bonne formule, soit dit en passant, pour pérenniser sa place de grand rendez-vous de la rentrée littéraire.

Le week-end dernier, donc, pas loin de 300 auteurs se sont prêtés au jeu des dédicaces, tout en prenant le temps de converser avec leurs lecteurs. Pour ma part, j’ai une fois de plus eu le plaisir d’animer plusieurs rencontres organisées au sympathique cinéma Odéon. J’ai par exemple interrogé le comédien Vincent Perez sur son troisième film en tant que réalisateur, Seul dans Berlin, tiré d’un roman-fleuve publié au sortir de la Seconde Guerre mondiale par Hans Fallada.

Au moment d’évoquer son travail d’adaptation, le Vaudois de Paris a insisté sur l’inéluctabilité de trahir le récit de Fallada, de n’en garder que certains aspects et d’en retravailler d’autres pour mieux le rendre cinématographique. Adapter, c’est trahir: c’est ce qu’affirment la plupart des scénaristes et cinéastes qui ont un jour travaillé à partir d’un matériau littéraire.

Impossible de garder la structure d’un roman intacte lorsqu’on passe des mots aux images. Mais quelques heures après cette discussion avec Vincent Perez, j’ai animé une rencontre avec Eric-Emmanuel Schmitt, qui, lui, affirme le contraire. Pour adapter, il ne faut pas trahir!

«C’est gentil, mais non merci»

Le dramaturge et romancier à succès, qui publie beaucoup, dirige un théâtre et siège au sein de l’Académie Goncourt, a également signé deux longs-métrages. Le premier, Odette Toulemonde, il l’a tourné à partir d’un scénario original qu’il pensait offrir à un réalisateur établi, avant que ses producteurs ne lui conseillent de le réaliser lui-même.

Le deuxième, Oscar et la dame rose, il l’a adapté d’un court roman en forme de conte. Par ailleurs, un de ses livres les plus fameux, Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, a été adapté par François Dupeyron. Le film lui plaît par sa fidélité au texte. Mais après avoir évoqué l’expérience traumatisante d’avoir vu un de ses romans massacré, il dit désormais refuser toute demande d’adaptation.

Lorsqu’il est approché par des producteurs souhaitant acheter les droits d’un de ses écrits, Eric-Emmanuel Schmitt leur répond immanquablement que c’est gentil, mais non merci. Le jour où il sera approché par un cinéaste de talent souhaitant transposer un livre sans le trahir, il dira peut-être oui. Les fans de l’écrivain ne sont dès lors pas près de voir une de ses histoires prendre forme sur l’écran large. Dommage, car le cinéma français manque justement de bonnes histoires.


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