La Journée de l’Europe est l’occasion de commémorer un homme et une action qui ont contribué de manière décisive à la prospérité suisse. Cet homme fut Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères français qui posa, le 9 mai 1950, par la déclaration portant son nom, les jalons de la paix et de la prospérité européennes en mettant fin aux grands conflits déchirant le continent. En proposant de mettre en commun, entre les deux ennemis d’hier, la France et l’Allemagne, l’exploitation des ressources de l’acier et du charbon, il espéra parvenir à l’intégration politique graduelle des pays du continent en créant des intérêts communs.

Cette politique des «petits pas» est le modèle suivi, paradoxalement, par la Suisse pour «échapper» à ­l’adhésion européenne. Le Nouveau Mouvement européen suisse (Nomes) estime que notre pays a eu raison de se rapprocher mais devrait assumer pleinement l’objectif d’adhésion dans le but de parvenir à une insertion harmonieuse dans l’UE. Il convient, de notre point de vue, d’adhérer debout plutôt qu’à genoux, comme ont dû le faire certains Etats après de graves crises écono­miques. Le passé et le futur de l’intégration doivent nous y inciter. Ils prouvent en effet que l’Union européenne sert notre intérêt national.

L’UE a tout d’abord beaucoup profité à notre pays. Les 60 années de paix dont elle a gratifié le continent ont offert la stabilité nécessaire aux acteurs économiques. Elles ont aussi permis d’accorder beaucoup moins de ressources aux politiques d’armement au profit des grandes avancées sociales. N’oublions pas qu’avant 1950, notre pays était à la merci de la destruction complète au gré des caprices de puissances nationalistes et impériales. L’intégration à l’Est après la chute de l’URSS s’est inscrite dans cette avancée en mettant fin à la menaçante Guerre froide et à la fracture Est-Ouest, grands facteurs d’insta­bilités pour le continent. Enfin, le grand marché que représente l’UE, dominé par les principes du libre-échange, permet à nos entreprises d’exportation d’écouler comme jamais leurs produits. Même l’euro, tant décrié aujourd’hui, profite à notre pays, qui ne doit plus se battre contre les dévaluations de 17 Etats européens pour maintenir ses exportations. Rappelons enfin que les problèmes actuels d’endettement des Etats sont dus aux travers de la souveraineté nationale qui a poussé des politiciens locaux démagogues à ne pas appliquer les critères de frein à l’endettement de Maastricht décrétés par l’UE, avant le frein à l’endettement suisse d’ailleurs.

La fin du secret bancaire et l’abolition de l’imposition différenciée des entreprises, qui ont été pendant longtemps des atouts majeurs pour la Suisse, devraient nous inviter sérieusement à repenser la nature des relations qui nous unissent à l’UE. En adhérant, la Suisse n’aurait plus à craindre de blocus et autres chantages comme ce fut souvent le cas à chaque négociation de bilatérales. Elle pourrait consacrer toute son énergie à la création de conditions-cadres favorables et durables pour son économie. Membre de l’UE, la Suisse aurait enfin la possibilité d’influencer le cours des choses en sa faveur, comme ont déjà su le faire auparavant d’autres petits pays au sein de l’UE.

Face à l’émergence des grands Etats-nations, la Suisse, tels les cantons en 1848, ne peut plus se permettre de faire cavalier seul. «Rien de durable ne s’accomplit dans la facilité», prévenait Robert Schuman en exposant sa vision pour une Europe unie. Des propos plus vrais que jamais 60 ans plus tard et 50 ans après l’adhésion de la Suisse au Conseil de l’Europe.

Soixante ans de paix, le grand marché: l’UE a beaucoup profité à la Suisse

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