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Le PDC s’interroge sur le sens du «C». Sa conseillère fédérale, Doris Leuthard, a rencontré le pape François lors de son arrivée à l’aéroport de Cointrin. Genève, 21 juin 2018.
© Denis Balibouse / Keystone

Ma semaine suisse

Adieu à la démocratie-chrétienne

OPINION. Le retour du temps de la démocratie-chrétienne paraît bien utopique, écrit notre chroniqueur Yves Petignat, rappelant au passage les ambitions perdues de ce parti

En recul dans ses fiefs du Valais, de Nidwald et d’Obwald, dépassé par l’UDC à Lucerne, en crise profonde dans le canton du Jura: faudra-t-il inscrire le PDC à côté de la gélinotte des bois sur la liste des espèces en voie de disparition, comme le suggérait il y a quelques semaines un quotidien alémanique? Depuis le 10 décembre 2003 et la non-réélection au Conseil fédéral de Ruth Metzler, la famille démocrate-chrétienne n’échappe pas aux interrogations existentielles pour mettre fin à une glissade sans fin. Que faire du «C», quelle personnalité pour incarner quel profil? La succession de la ministre de l’Environnement, Doris Leuthard, qui se prépare déjà, repose la question: le système helvétique de consensus a-t-il encore besoin du PDC?

Contexte peu favorable

Avant les élections fédérales de 2015, les dirigeants démocrates-chrétiens avaient fait campagne sur l’air «nous sommes le parti des solutions, pas des problèmes». Et il est vrai que le parti du centre reste aux Chambres fédérales l’un des grands artisans des compromis, un faiseur d’alliances et un maître incontesté dans l’art du marchandage. Chacun peut donc se rassurer en se disant que, selon l’aphorisme, «une idée imprécise a toujours de l’avenir». Tiraillé entre son aile urbaine, chrétienne sociale et ouverte sur les questions de société, et son aile conservatrice tentée par le rapprochement avec la droite nationaliste, le PDC a du mal à dégager un profil clair pour un électorat fasciné par les discours sans nuance.

Or le contexte européen n’est guère favorable aux partis dont le discours et l’identité reposent d’abord sur des valeurs et une vision idéalisée de l’être humain. Comme la social-démocratie, laminée dans toute l’Europe, la démocratie-chrétienne est, elle aussi, menacée d’insignifiance. Encore que le Parti socialiste suisse fasse exception et semble au contraire profiter de la polarisation du paysage politique provoquée par l’UDC. Partout où elle était au pouvoir au siècle dernier, en Italie, en Espagne, aux Pays-Bas, la démocratie-chrétienne a été soit absorbée par le populisme et la droite libérale, soit réduite à un filet de voix. La CDU allemande est soumise au chantage de la CSU, sa petite sœur bavaroise toujours plus radicale, sur la question des réfugiés. Elle est par ailleurs contrainte à une alliance quasi perpétuelle avec les sociaux-démocrates. En Autriche, le Parti populaire autrichien a dû se résoudre à un gouvernement avec la droite radicale du FPÖ.

Réformer le libéralisme

Pilier de l’idée européenne avec les Schuman, Adenauer, de Gasperi, la pensée démocrate-chrétienne avait l’ambition de réformer le libéralisme. Elle considérait l’être humain comme une personne ayant des droits inaliénables mais aussi comme un être social qui ne se réalise pleinement que dans une communauté libre et juste. D’où l’importance accordée à la décentralisation et à la communauté naturelle que forme la famille. Elle se proposait en quelque sorte de christianiser la démocratie. C’est peu dire que tout ce qui constituait ce socle intellectuel est plutôt en morceaux. De l’Italie à la Hongrie, l’idée européenne est déchiquetée par les populistes. Le droit de chacun à assouvir ses désirs individuels, la souveraineté des individus supplantant celle du peuple, le néoconservatisme mais surtout les compromissions d’une démocratie-chrétienne usée par le pouvoir ont rendu ce discours inaudible et obsolète. Le retour du temps de la démocrate-chrétienne paraît bien utopique.

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