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Le 28 janvier 1993, les socialistes genevois décident de présenter Christiane Brunner (à gauche) comme candidate au Conseil fédéral. Amélia Christinat est assise derrière elle, tout à droite.
© Keystone/STR

Revue de presse

Adieux émus à Amélia Christinat, la Pasionaria de Genève

Elle avait 90 ans. L’ex-conseillère nationale genevoise vient de s’éteindre. Elle laisse un souvenir flamboyant à celles et ceux qui admiraient ses combats et son tempérament de feu

En cet hiver 1983, la non-élection de Lilian Uchtenhagen (décédée elle aussi cette semaine) au Conseil fédéral met le feu au Parti socialiste. Après le choix du Soleurois Otto Stich, on parle de sortir du Conseil fédéral et de basculer dans l’opposition. Le congrès de février 1984 est électrique. Parmi d’autres orateurs, au milieu de quelque 1200 délégués, la conseillère nationale genevoise Amélia Christinat monte sur la table pour exhorter l’assemblée à se prononcer pour un retrait des conseillers fédéraux socialistes. Mais à une relativement courte majorité, l’assemblée finit par rentrer dans le rang, provoquant des pleurs de soulagement chez les uns, de rage chez d’autres.

Lire aussi: La disparition d’une figure du PS genevois

Pour ces gestes hauts et forts, la figure du socialisme et du féminisme suisses qu’était Amélia Christinat avait été surnommée la Pasionaria. On le sait: elle est décédée mercredi matin. Elle avait fêté ses 90 ans le 6 février dernier et siégé au Conseil national de 1978 à 1987. «C’était il y a peu encore une femme pleine de vie et d’énergie», a indiqué mercredi Carole-Anne Kast, présidente du parti cantonal, confirmant une information de la télévision locale Léman Bleu.

Lire aussi: La nuit des longs couteaux, la seule, la vraie (27.07.2007)

Elle était très affaiblie ces dernières semaines. Mais pour la présidente des socialistes genevois, «elle restera toujours cette personne flamboyante, pleine d’énergie, à la fois enthousiasmante et colérique». Elle rappelle également le parcours politique sur la page Facebook du parti où un internaute commente: «Ne suis pas socialiste mais sais reconnaître une vraie personnalité engagée et entièrement dévouée à sa cause.»

Lire aussi: Amélia Christinat, la politique de l’instinct («Journal de Genève», 03.10.1987)

La Tribune de Genève, sur son site internet, dit qu’elle ne s’est pas remise d’un accident vasculaire cérébral (AVC) survenu il y a une quinzaine de jours. Pour son collègue de parti Manuel Tornare, elle représentait «une génération de militantes qui se sont engagées pour les droits des femmes alors que tout était à faire et à conquérir». Ce que souligne la directrice de l’agence de communication Sillage sur Twitter:

«Il faut réaliser, dit encore Manuel Tornare, en regardant son parcours politique, qu’Amélia était frappé d’un double handicap. Tout d’abord elle était une femme, ce qui signifiait n’avoir aucun droit dans ce pays à une époque récente. Ensuite, c’est à 15 ans qu’elle a quitté son Tessin natal pour vivre à Genève. Elle n’avait pas fait d’études, elle était couturière. Et voyez ce qu’elle a réussi à faire.» «Des socialistes comme elle… il n’y en a plus depuis longtemps!» confirme un lecteur de la Julie.

Et tdg.newsnetz.ch de poursuivre: «Femme aux convictions très arrêtées, Amélia Christinat était aussi connue, et crainte, pour ses coups de gueule». Elle avait «un sacré caractère, qui ne laissait personne indifférent», dit-on au PS genevois. Le maire de Vernier fait part, lui, en deux micromessages, de sa grande tristesse, alors qu’un Tessinois lui dit simplement, sur Twitter:

«Cette battante n’a jamais hésité à dire tout haut ce qu’elle pense. […] Selon l’expression populaire, elle ne lâche pas facilement le morceau, mais n’oublie jamais la voix du cœur», lisait-on dans la Feuille des avis officiels de la République et Canton de Genève en 2006. En italien, elle avait aussi donné en 2014 une passionnante interview à Giulia Fretta dans l’émission «Memoria del presente» de la Radio-Télévision suisse italienne (RSI), où elle raconte tous les combats de sa vie. La presse d’outre-Gothard est d’ailleurs unanime à saluer la mémoire de cette grande figure, à l’instar du Corriere del Ticino.

Lire aussi: Le droit de cité des enfants de mère suisse («Journal de Genève» et «Gazette de Lausanne», 30.11.1979)

Engagée pour le vote des femmes à tous les niveaux, elle avait été élue au Conseil municipal de la Ville de Genève en 1967, avant de siéger au Grand Conseil genevois de 1969 à 1980. En 1978, elle sera l’une des premières femmes élues au Conseil national. La militante socialiste avait également participé à la création de la Fédération romande des consommatrices (FRC) et s’était battue en tant que syndicaliste. Elle avait aussi lutté en faveur de l’assurance maternité.

«C’est à des femmes comme elle que nous devons le bien-être des femmes en Suisse et notre indépendance, merci Madame et bon voyage», lui souhaite une internaute du Matin. Sur les sujets qui touchent la condition féminine, elle apparaît enfin dans la bande-annonce – aujourd’hui sidérante – de «De la Cuisine au parlement, une brève histoire des femmes en politique dans la Suisse du XXe siècle» (2012), le film documentaire de Stéphane Goël, où elle rend un hommage appuyé aux suffragettes:

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