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Ados, apps et bonnet d’âne

Passer du temps sur son smartphone entraîne de moins bons résultats scolaires: voilà le constat d’une étude japonaise. Alors? Surveiller? Confisquer? Punir? L’équation est-elle si simple?

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Ados, apps et bonnet d’âne

A la montagne. A la mer. A la cuisine. Au lit. Sur les toilettes. En voiture. En train. A table. Devant la télévision. En promenade. Au supermarché. En terrasse. En famille. Entre amis. A la maison. En vacances. Le matin. Le midi. Le soir. Mais encore? Je vous parle de vos enfants, de votre filleul, de vos petites cousines, bref, des moins de 18 ans et de leur smartphone chéri. «Non mais allô, quoi.»

Vous avez fréquenté pendant l’été l’un ou l’autre adolescent en phase de bourgeonnement numérique? Alors l’omniprésence du portable ne vous aura pas échappé. Non pas que je sois moi-même si loin d’un niveau similaire de dépendance (et vous?), mais il se trouve qu’une nouvelle étude, ici au Japon, met en lien le temps passé à malaxer du pixel avec les résultats aux examens des écoliers du secondaire. Le résultat n’est pas joli joli, et fait beaucoup de bruit.

On trouve chez les 14-15 ans une corrélation nette entre forte consommation digitale et notes médiocres: en moyenne, ceux qui consacrent quatre heures par jour à tapoter sur l’écran affichent des scores 14% plus bas que ceux qui se limitent à une demi-heure quotidienne. En maths, l’écart grimpe à 18%. Avalanche de recommandations sur les garde-fous à poser, les plafonds à respecter, les mesures à prendre. Ces dernières années, le Japon a vu son parc de smartphones se développer fortement, au point de devenir le premier marché mondial en termes d’apps et de jeux sur mobile. D’où ces interrogations quant aux effets sur l’assiduité des nouvelles générations – interrogations partagées par de nombreux autres pays occidentaux.

D’accord. Mais est-ce si simple? Pour être à l’heure du temps qui vient, ne faut-il pas aussi compter avec la «digital literacy», cette capacité à faire siennes les interfaces des technologies de l’information? Passer ses journées à exploser des bonbons colorés ou catapulter des oiseaux frondeurs ne rend pas intelligent, c’est évident. Cependant, le smartphone est bien plus que cela pour un adolescent. C’est aussi un relais incontournable de la socialisation, et un potentiel outil d’apprentissage.

Ce qu’il faut lire dans les craintes des parents et des éducateurs les plus conservateurs, c’est une fracture générationnelle. Accuser au lieu de comprendre, confisquer plutôt que dialoguer: le fossé se creuse. Ainsi de la municipalité de Kasuga, non loin de Fukuoka, qui préconise d’interdire purement et simplement aux jeunes l’usage du smartphone entre 22h et 6h. Ainsi de l’app Ignore No More, inventée par une mère de famille américaine, qui gèle entièrement les fonctionnalités de l’appareil si l’enfant ne répond pas à un appel parental. Ainsi de My Mobile Watch­dog, service qui permet de monitorer à distance tout ce que votre progéniture écrit, reçoit, échange, ou visualise à l’écran.

Surfer sur Internet comporte des risques, tout comme sortir en ville. Les réseaux sociaux sont le lieu de violence et d’exclusion, tout comme le chemin de l’école. Les univers vidéo-ludiques peuvent se révéler addictifs, tout comme le sucre, l’alcool ou le tabac. Aujourd’hui, on sait qu’enfermer les enfants dans leur chambre, écouter à leur porte et les priver excessivement de liberté n’augure rien de bon pour leur développement futur. Accompagnement, écoute, apprentissage, confiance: pourquoi en irait-il différemment dans le champ des outils numériques?

Accuser au lieu de comprendre, confisquer plutôt que dialoguer: le fossé se creuse

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