Editorial

Affaire Adeline: la juste décision après la clameur

Le gouvernement cantonal, qui malmène décidément vite et beaucoup ses cadres, donne furieusement l’impression d’être davantage guidé par la clameur que par la raison

Elle a été vouée aux gémonies et sévèrement sanctionnée par Conseil d’Etat genevois pour avoir autorisé la sortie qui s’est révélée fatale à Adeline, la sociothérapeute de La Pâquerette dont le prénom restera à jamais associé au drame de la récidive. Trois ans après le séisme déclenché par les circonstances très particulières de ce crime, l’ancienne directrice du Service d’application des peines et mesures est blanchie par la justice administrative. Ce qui était à peine audible, en raison de l’émotion suscitée par la tragédie, prend désormais la forme d’un arrêt qui rappelle certaines évidences.

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La réalité est que l’exécution des peines, et donc la réinsertion des détenus, est un domaine complexe, exigeant, exposé, où les certitudes sont peu nombreuses et les moyens jamais suffisants. Le procès public fait aux acteurs qui se trouvaient en première ligne de ce désastre a souvent été excessif et injuste. Et le gouvernement cantonal, qui malmène décidément vite et beaucoup ses cadres, à l’image peut-être aussi de la sanction infligée récemment à l’ex-numéro deux de la police, donne furieusement l’impression d’être davantage guidé par la clameur que par la raison.

Les juges sont heureusement là pour renverser cette tendance. D’autres avant eux ont également dû constater que le durcissement général des conditions permettant un retour progressif à la liberté des détenus purgeant de longues peines – décidé par les autorités politiques de Suisse romande après une série noire – montrait ses limites en interrompant le parcours parfois prometteur de certains condamnés sans proposer d’alternative.

A un mois de l’ouverture du procès de Fabrice A. et alors que les résultats d’une enquête parlementaire sont encore attendus, le canton est toujours habité par ses déchirements institutionnels. Alors que Vaud avait réussi à tenir ce contexte à bonne distance du procès de l’assassin de Marie, ce sera certainement plus difficile à Genève.

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