C’était une question de conscience, de croyance et de confiance. Mais c’est la défiance qui, tel un ouragan, a tout emporté.

La baisse du taux de conversion était une affaire de conscience parce qu’il est indéniable que les assurances sociales ont devant elles des jours moroses. La population vieillit, le financement est devenu plus volatil depuis que les marchés financiers se sont mis à jouer au yo-yo.

Mais c’était aussi une affaire de croyance et de confiance. Pour glisser un oui dans l’urne, il fallait croire et faire confiance aux scénarios des assureurs, des milieux économiques, du Conseil fédéral et de la majorité bourgeoise du parlement. Or, cette alliance, si souvent gagnante en Suisse, n’a pas su convaincre.

Après un matraquage reposant sur des arguments impalpables, des prévisions invérifiables, des supports visuels improbables (un gâteau au chocolat fondant au message confondant), l’échec était programmé.

Il l’était d’autant plus que le vote est intervenu dans un contexte très chahuté. Le monde de la finance, auquel les assureurs sont assimilés, est responsable d’une des pires crises que la Suisse ait jamais vécues. Elle a été si forte et inédite que le Conseil fédéral, habitué à un environnement plus ronronnant, a perdu une grande partie de la confiance que lui voue, d’ordinaire, la population.

On peut tirer plusieurs leçons de la «dérouillée» de dimanche. Premièrement, la population n’est pas disposée à valider des sacrifices infligés au plus grand nombre alors qu’une minorité de patrons, spécialement dans la finance, encaissent de nouveau de juteux bonus, comme s’ils n’avaient rien appris. Deuxièmement, à moins d’en démontrer la nécessité, on ne lance pas une réforme avant que la précédente portant sur la même matière ne soit achevée.

Cela dit, la gauche ne doit pas se laisser aveugler par son succès. Rien ne permet d’affirmer que celui-ci sera suivi d’autres victoires. La nécessité de réviser l’assurance chômage sera peut-être moins difficile à démontrer lorsqu’elle aura été débarrassée des mesures les plus dures.