Conseil fédéral

Affaire Parmelin: l'hypocrisie du Conseil fédéral

La problématique des intérêts personnels concerne l’ensemble des conseillers fédéraux, en le niant le gouvernement manque à ses responsabilités

Le reproche revêt une forme d’humiliation pour Guy Parmelin. Le Conseil fédéral estime que le Vaudois aurait dû signaler ses intérêts personnels, lorsque le collège a traité du fameux changement dans la fiscalité agricole dont l’ancien vigneron et son frère pourraient profiter un jour. Le gouvernement s’abstient en revanche de prendre position sur le fond. Il ne dit pas si l’annonce de ces intérêts personnels auraient justifié une récusation.

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En tapant ainsi sur les doigts du petit nouveau, le Conseil fédéral applique un traitement rare - la remontrance - réservé ces dernières années à un certain Christoph Blocher. Guy Parmelin a lui-même tendu la joue en avouant une faute politique. Il paye cash son inexpérience dans un exécutif où il a fait preuve d’un provincialisme coupable. Le Vaudois a justifié le fait qu’il ne s’était pas récusé, parce qu’il défendait les intérêts de son canton.

Ce dernier s’est en effet investi avec sa députation dans un combat de longue haleine pour corriger ce qu’il considère comme une injustice pour certains paysans. Guy Parmelin a toutefois manqué l’occasion de prendre de la hauteur, sachant que son intervention au Conseil fédéral n’aura eu absolument aucun effet.

Mais le gouvernement ne sort pas non plus grandi de l’affaire. Le Conseil fédéral jongle entre sa crédibilité et sa pratique qui veut qu’aucun de ses membres ne se récuse jamais ou presque. Logique, dans un système politique basé sur la défense des intérêts et la milice. Nos conseillers fédéraux ont tous une vie professionnelle et associative antérieure à leur activité de ministre. Ce qui frappe davantage aujourd’hui, c’est la chape d’hypocrisie qui entoure le fonctionnement du collège.

Le Conseil fédéral et son président actuel ne sont pas crédibles lorsqu’ils affirment la bouche en coeur ne pas avoir su que Guy Parmelin pouvait être concerné par un dossier touchant à la vente de terrains agricoles. Comment pouvaient-ils l’ignorer alors que même le citoyen lambda sait qu’il y a un nouveau ministre-vigneron dans le collège, donc un homme qui avait du terrain et a dû s’en séparer?

Et que dire des intérêts des autres conseillers fédéraux? La plupart des décisions prises par le département de l’économie de Johann Schneider-Ammann touchent directement l’entreprise familiale dirigée par son fils. Le mari de Simonetta Sommaruga, écrivain, petit fils d’une enfant placée de force, fait partie du comité de soutien de l’initiative sur la réparation, à laquelle son épouse a fini par opposer un contre-projet.

Tous les ministres ont gardé des liens et une proximité avec leurs cantons qui se ressentent parfois lors de nominations ainsi que sur des thématiques précises. Logique. Les conseillers fédéraux ne sont pas des eunuques. Le problème survient plutôt lorsqu’ils se comportent comme tels...

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