Editorial

Les coupables

Daniel Vasella vient de rater sa sortie de Novartis, qu’il incarnait avec talent jusqu’ici. Le voilà humilié, contraint de renoncer à des dizaines de millions de francs qu’il disait vouloir affecter à des œuvres de bienfaisance. Mais qui le croit encore? Qui peut le défendre aujourd’hui, lui qui ruine une campagne difficile où la raison tente de calmer l’ardeur des passions? Vendredi, à l’assemblée générale des actionnaires du géant de la pharma, l’atmosphère sera sombre, pour ne pas dire suspicieuse. Car celui qui avait un certain courage lorsqu’il parlait de son salaire devra faire ses excuses mais peu pourront lui pardonner.

Personne ne peut contester qu’un responsable de société puisse bénéficier d’indemnités pour une clause de non-concurrence. Mais comment expliquer un contrat aussi généreux, couvrant six longues années, conclu en 2010 sans aucune communication alors même que le monde des affaires se détruit à force de vouloir cacher, jusqu’au dernier moment, des informations forcément sensibles? Soit l’accord avec Daniel Vasella repose sur un bénéfice matériel solide pour Novartis et il peut être étayé. Soit c’est un simple calcul comptable de pure convenance et la rue des actionnaires a eu raison de s’insurger. En renonçant, Daniel Vasella plaide coupable.

Vendredi, les actionnaires ne devraient pas diriger leur seule colère contre leur président mais interroger le conseil d’administration et son comité de rémunération qui ont manqué de bon sens et de l’élémentaire décence que tout pouvoir doit maintenir, quelles que soient la concurrence et les contraintes économiques.

Bien sûr, toute colère, fût-elle très populaire, n’est pas légitime en soi et doit être tempérée, en particulier lorsque l’on examine le monde si particulier des multinationales. Il n’empêche, tout montre une fois de plus qu’une certaine élite économique a perdu pied avec la réalité sociale et politique. Sans doute est-elle trop éloignée des populations, trop sûre de ses propres codes et règlements.

Novartis s’en remettra. Mais une cohorte de conseillers et de consultants complices vient de recevoir une leçon d’humilité. La liberté économique si chère à un certain Daniel Vasella en fera les frais.