Editorial

Affaire Yahoo!: le double jeu des géants de la technologie

Le double jeu affiché par certains fournisseurs de service de messagerie est regrettable

Quelle hypocrisie. Quel manque de courage. Et quel mépris pour les internautes. Yahoo! a accepté, sans discussion, la requête de la NSA et du FBI pour leur ouvrir les portes de ses immenses centres de données. Avec les clés de ses data centers, les deux agences peuvent lire sans souci les e-mails de centaines de millions d’utilisateurs du portail internet. Les révélations de Reuters, dans la nuit de mardi à mercredi, ne concernent pas une affaire ancienne: ce reniflage massif et consenti a démarré il y a une année seulement.

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Le premier réflexe, face à cette affaire, serait de hausser les épaules. Plus de trois ans après les révélations d’Edward Snowden sur le scan à grande échelle exercé par la NSA, ce nouveau rebondissement semble a priori bénin. Il n’en est rien. Car jusqu’à présent, les écoutes pratiquées par les autorités américaines étaient effectuées, croyait-on, sans le consentement de Yahoo!, Google ou Microsoft. La NSA était capable elle-même, en posant des sondes sur des câbles, en s’immisçant elle-même dans les serveurs des géants de la tech, d’obtenir ce qu’elle voulait.

Dans le scandale de cette semaine, l’on apprend que Yahoo! a servi, sur un plateau d’argent, ses clients à la NSA. L’histoire dira si le démenti (ferme) de Google et de Microsoft (un peu moins ferme), qui affirment ne pas avoir agi comme Yahoo!, est conforme à la réalité.

Ces révélations montrent aussi, de manière claire, qu’il ne faut accorder quasiment aucun crédit aux rapports sur la transparence que communiquent, chaque semestre, les géants américains de la technologie depuis 2013. Et pourtant, ils font très attention à afficher des chiffres d’une précision apparemment scientifique. Prenons Yahoo!: lors du deuxième semestre 2015, le groupe affirme avoir reçu 4460 demandes de renseignement de la part du gouvernement américain, et 246 d’entre elles ont été rejetées. Google, durant la même période, dit avoir reçu 12 523 demandes américaines portant sur 27 157 comptes, pour un feu vert accordé dans 79% des cas.

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A la lumière des dernières affirmations de Reuters, ces chiffres doivent davantage prêter à sourire qu’à réfléchir. Ils ne disent rien du nombre réel d’utilisateurs sous enquête et dont les données sont expédiées à Washington. Les géants de la Silicon Valley, qui ne chiffrent toujours pas de bout en bout leurs messageries (malgré leurs promesses) ont aussi une grande part de responsabilité dans ces scandales.

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