La solution aux grands problèmes du temps, chômage, récession, criminalité, se trouve en Grande-Bretagne où un parti énergique et moderne, le Labour de Tony Blair, applique avec courage une politique visionnaire dans tous les domaines, sauf peut-être dans les chemins de fer, résistants à la discipline d'un horaire. La célébration de la Grande-Bretagne par ses propres journaux révèle un état de bien-être exceptionnel qui se répercute jusque dans les pages de l'hebdomadaire Courrier international. Le continent est irrité, jaloux sans doute, car le succès travailliste se constate même dans les populations d'oiseaux. Comme l'a expliqué le secrétaire à l'Environnement, Ben Bradshaw, à la Chambre des communes, le mois dernier: «Grâce à la politique de notre gouvernement, le nombre des oiseaux sauvages augmente à nouveau, après des décennies de régression. Parmi les espèces en danger, le butor, le râle des genêts et le bruant sont maintenant en voie de récupération.» Et ce n'est pas tout. Moineaux et étourneaux se faisaient plus rares. Or, a dit Bradshaw, «je peux vous annoncer qu'à partir de mars, ils bénéficieront d'une protection légale intensifiée».

«Et sur les cormorans, quelle est votre politique?» a demandé un député conservateur dans l'espoir d'embarrasser le ministre. «Les cormorans se sont bien comportés ces vingt dernières années, a-t-il répondu. L'an dernier, nous avons décidé de modifier le régime d'autorisation des abattages pour limiter les dégâts qu'ils provoquent à la pêche. Mais malgré cela, même avec des autorisations d'abattre au maximum, la population des cormorans est encore bien plus élevée que sous les gouvernements tories.» C'est sûr que dans ces conditions les cormorans, même orphelins, voteront Labour. Qui ne voterait pas Labour?

A ce stade des débats, instruits en ornithologie, davantage peut-être qu'ils ne le souhaitaient ce jour-là, les députés ont voulu changer de sujet. La manière dont ils s'y sont pris prouve encore que les Anglais sont vraiment forts, trop forts, avis aux parlementaires suisses, réunis à Berne en session de printemps. Changer de sujet, dans un débat parlementaire britannique, est un art nécessitant un talent oratoire et un sens de l'à-propos politique supérieur à la moyenne démocratique occidentale. Un ancien titre royal est d'ailleurs décerné aux meilleurs. Ce jour-là, rapporte mon confrère Simon Hoggart, du Guardian, le voile venait de se lever sur les projets matrimoniaux du prince Charles et de Camilla, tout Westminster s'agitait et la Chambre était pressée d'exprimer ses félicitations. Un député conservateur en trouva l'occasion: «Les oiseaux sauvages du jardin de Highgrove, juste à la frontière de ma circonscription, s'associent aux vœux que je fais à Madame Parker-Bowles pour l'heureuse nouvelle de son prochain mariage.»

Les mouettes en rient encore.

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