En une semaine, un chapeau, un téléphone portable et un carnet de notes se sont séparés de moi. Perdus? Volés? Je ne connais pas leurs raisons ni leur destin après moi. Mais j'estime le temps venu de sécuriser mes possessions. Mon cerveau seul ne suffisant pas à la surveillance du troupeau grandissant d'objets que je transporte ou déplace chaque vingt-quatre heures – lunettes, sacs, parapluie, Palm Pilot, porte-monnaie, cartes de crédit, sésames divers, baladeur, télécommande, etc. – je cherche à embaucher une police. Les Etats-Unis ont la meilleure offre. Un pays assez ambitieux pour chercher un Ben Laden parmi des millions d'individus a les moyens de localiser des clés de voiture.

D'abord, ils sont intervenus sur la mémoire avec diètes, pilules et exercices pour doper les cellules concernées. Maintenant, ils tablent sur la récupération. Toute une série d'appareils électroniques apparaissent sur le marché pour rameuter les accessoires manquants ou retardataires. Ils sont fondés sur le dialogue entre une commande centrale et les objets enregistrés chez elle, qui vibrent ou sonnent quand ils sont appelés. A dix mètres à la ronde, le superflic domestique repère les délinquants.

Il existe aussi un système beaucoup plus performant, utilisant le positionnement par satellite (GPS), pour pister les personnes égarées dans la foule (enfants, parents âgés), égarées dans le rêve (somnambules) ou perdues dans la bière (noctambules). Ce bracelet-mouchard appelé «Digital Angel» est en vente aux Etats-Unis pour 400 dollars avec un abonnement mensuel de 30 dollars pour le service. On l'attend en Europe l'an prochain.

Les spécialistes du gardiennage digital font cependant remarquer que l'engin miracle pourrait bien être français. C'est une boîte de la taille d'un téléphone portable fabriquée par la société DIPO (Détection individuelle de perte d'objet). Elle vérifie en permanence que tous les objets immatriculés dans son système sont bien présents dans un rayon de cinq à dix mètres. Si l'un d'eux s'éloigne, elle bipe pour avertir le propriétaire.

Ce concept, dit la publicité, «est né d'une réflexion sur l'opportunité de contrôler les objets qui entourent l'homme et qui lui sont indispensables à titre personnel ou professionnel». L'inventeur, un étourdi multirécidiviste, était mû par le pressant besoin d'avoir son passeport sur lui au moment de prendre l'avion. Résigné à la faillite de sa mémoire, il s'est fabriqué une prothèse: DIPO peut contrôler plus d'une centaines d'objets en même temps. Avec plusieurs DIPO, l'individu moderne tient à portée de main l'ensemble de son équipement mobile. En attendant la commercialisation du prototype, vers la fin de l'an prochain, j'attache mes clés et mon téléphone portable autour du cou et je rétablis de bonnes relations avec saint Antoine, patron des oublieux.

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