Un SMS, reçu hier en milieu de journée, m'a ouvert les yeux sur l'importance d'un nouveau phénomène social: la célébration du 8 mars. Je partais de l'idée que la date appartenait encore au mouvement féministe et que seule une certaine fatigue le retenait de la marquer encore par des grèves ou des manifestations revendicatives. Mais cet ami me souhaitant hier «un heureux jour des femmes» sur mon écran de téléphone portable m'a procuré le plaisir d'un bouquet de fleurs assorti d'un baiser. Il a transformé mon 8 mars militant en 8 mars festif, un jour de lutte en jour de victoire, une date de femme en date de tout le monde, les hommes se doivent de dire quelque chose, un silence les trahirait. D'ailleurs, c'est un signe qui va dans le même sens, le magasin du dessous distribuait des chocolats à ses clientes.

Le 8 mars, c'est le moment que choisissent tous les bureaux du monde, les laboratoires de sociologie, les observatoires de l'égalité, les offices de la parité, les commissions de promotions et les associations d'études de genre pour publier leurs enquêtes sur la lentissime progression des femmes vers l'appropriation pleine et entière de la moitié du ciel qui leur revient. Le 8 mars, on fait les comptes, en prenant l'air sceptique correspondant au résultat toujours décevant de l'équation qu'on a essayé de corriger pendant l'année précédente: D2 > E3-R4 (le carré de la déception est toujours supérieur au cube des espoirs déduits du réalisme pourtant porté à la puissance 4). On commente, on cherche des solutions élégantes. A Paris, Nicolas «et Cecilia» Sarkozy invitent à leur table des poids lourds de la représentation féminine pour aider à la réflexion, dont Princesse Tam Tam en personne, la fée créatrice qui a renouvelé nos dessous. A elles toutes, autour de Hélène Darroze «chef cuisinier» selon le communiqué de l'UMP (cheffe cuisinière reste hiérarchiquement inférieur), elles ont résumé en charme, beauté, intelligence, talent et audace ce que le 8 mars porte de promesses tenues et pas tenues. Les chocolats de Sarkozy étaient bons, merci.

Un candidat président qui se met en quatre, un président qui prend des engagements devant ses électrices, un ami qui me souhaite une «heureuse journée des femmes», franchement, il s'est passé quelque chose: nous ne sommes plus les manifestantes mais les manifestées. Comme à la Saint-Valentin et à la Fête des mères, célébrées pour ce que nous sommes: amoureuses, génitrices, femmes libérées ou en voie de l'être. Il n'y a plus besoin de bouger, sauf laisser grandir chez les hommes le besoin de nous manifester davantage encore. Pour parfaire cette méthode de lutte à la chinoise, je propose d'instaurer un 8 mars international férié pour les femmes, seulement pour elles.

L'an prochain, je resterai chez moi à recevoir les bons vœux de mes amis qui travailleront à ma place.

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