Arrivées au sommet de leur carrière de «managères», dans les conseils ou directoires de sociétés, de nombreuses femmes plient bagage et s'en vont. Elles sont écartées ou s'écartent toutes seules, soit pour des raisons familiales, soit parce qu'elles sont lasses des usages en vigueur à ce niveau de la vie professionnelle. Plusieurs grandes entreprises multinationales, dévoreuses de cadres, s'en inquiètent. Elles ont commandité des enquêtes en Europe et aux Etats-Unis pour comprendre le phénomène. L'une d'elles, auprès de 2443 femmes et 653 hommes, nous apprend qu'à un moment de leur carrière, plus du tiers des femmes hautement qualifiées en ont assez et prennent congé pendant une certaine période, de douze à trente mois en moyenne. Elles avancent des motifs variés qui vont d'une soudaine préférence pour le soin des enfants à un désintérêt pour un job devenu déplaisant à leur goût. Presque toutes aspirent à reprendre le travail mais très peu chez l'employeur qu'elles ont quitté. La plupart cherchent à tenter ailleurs des chances qu'elles jugent gâchées dans leur ancien poste. Elles paient cher cette interruption puisque moins de la moitié retrouvent un emploi à plein temps, avec une lourde perte de pouvoir d'achat.

La déperdition de tous ces talents commence à passer pour un gaspillage social, c'est la nouveauté. De naturelle il y a trente ans, l'absence de femmes dans les hautes sphères passe maintenant pour un handicap économique. Les entreprises sont donc invitées à réfléchir aux pratiques fautives qui poussent leurs super-women vers la sortie. Car, loin des raisons de famille, ce sont surtout des déceptions successives qui découragent les meilleures: promotions insuffisantes, sous-évaluation, mauvais poste… Selon une étude sponsorisée par British Tobacco, Deutsche Bank, Motorola et PricewaterhouseCoopers, la raison est pire encore: l'isolement au sein d'équipes en majorité masculines qui jouent selon des règles et connivences mâles, qui ne font pas totalement confiance à leurs collègues féminines, quand ils n'en ont pas tout simplement peur. Un centre de recherche britannique ajoute à ce constat que si les femmes mènent bien leur début de carrière, elles sont moins bonnes que les hommes dans la communication hiérarchique et réussissent donc mal à maintenir leur visibilité. D'où amertume. D'où abandon. Avis aux PDG: les femmes ne sont pas de «mauvais» leaders, elles sont des leaders différents. Toutes différentes. Si vous les voulez, à vous de les écouter pour comprendre en quoi.

La presse est remplie d'histoires d'échecs féminins, qui sont autant d'échecs masculins: Elisabeth Salina Amorini, vidée de la SGS, Carly Fiorina, écartée de Hewlett-Packard. Sari Baldauf a quitté Nokia, Brenda Barnes PepsiCo, Penny Hughes Coca-Cola. Elles sont pointues. Ils sont béton. Ça ne tient pas ensemble.

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