Alors que démarre la longue campagne à la succession de Pascal Couchepin, une première controverse agite le bocal fédéral: Urs Schwaller, conseiller aux Etats fribourgeois pour le Parti démocrate-chrétien, candidat à la candidature, est-il un Romand?

Une certaine malveillance transpire de la question posée par le chef des radicaux inquiet du sort du deuxième siège de son parti au gouvernement. Fulvio Pelli cherche d’emblée à disqualifier un prétendant réputé coriace en dressant francophones et italophones contre le prétendu usurpateur germanophone.

Pas de doute, le Singinois Urs Schwaller est un Alémanique. Mais la bonne foi oblige de lui reconnaître cette rare qualité de parfait citoyen bilingue, capable de vivre et de penser dans les deux langues. Forcé d’apprivoiser les francophones majoritaires de son canton, le minoritaire germanophone a longtemps cogéré l’Etat de Fribourg en équilibriste. Son expérience cantonale a enrichi sa personnalité et ses talents. Ce n’est pas faire injure aux Romands que de le souligner.

La Suisse romande est aussi riche de ses minorités germanophones et Urs Schwaller est dépositaire de cette réalité, laquelle participe d’une identité suisse au même titre que la juxtaposition des quatre espaces linguistiques. Le Singinois serait donc acceptable en ultime recours.

Son tort est de s’être précipité avant même que des personnalités romandes aient pris le temps de communiquer leurs intentions. Il en existe de très qualifiées, qui ont une belle carte à jouer. Et c’est certain, les francophones se sentiraient beaucoup mieux représentés par un Romand. Voire par une figure tessinoise, au nom d’un lien affectif latin à ne pas ignorer sans en exagérer l’importance.

Si la langue joue un rôle dans la capacité à incarner la fonction, deux autres critères devront peser plus lourd encore à l’heure du choix: la compétence et le profil politique du successeur de Pascal Couchepin. La cohésion nationale suppose de respecter les minorités, mais pas au détriment de l’efficacité gouvernementale.