Notre organisation humanitaire est soucieuse du choix des images qu’elle diffuse. Celui-ci donne lieu en interne à un débat critique, auquel nous associons d’autres acteurs intervenant dans la coopération au développement. Les valeurs qui orientent notre travail doivent aussi s’appliquer à la communication: aux photos que nous diffusons, aux histoires que nous relatons, mais aussi à la façon dont nous traitons les causes qui sont les nôtres dans les pays où nous agissons. Nous respectons la dignité des habitants et restituons une image aussi fidèle que possible de la situation sur le terrain.

Un même espace, une même visibilité

L’être humain est toujours au premier plan. Aussi la campagne que nous menons depuis une bonne dizaine d’années fait-elle la part belle à la personne, qui y est incarnée par son nom, sa voix et son parcours. Un traitement digne et d’égal à égal. Nombre de personnes qui ont consenti à apparaître sur nos affiches ont bénéficié directement de l’aide de la Croix-Rouge. D’autres s’engagent comme bénévoles en Suisse ou dans un des pays où nous intervenons. Notre campagne décline aussi les visages de célébrités qui se présentent comme des fans de la Croix-Rouge. Toutes ces personnes ont en commun leur attachement à un mouvement planétaire mû par les valeurs universelles d’humanité, d’impartialité, de neutralité et d’indépendance.

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La Croix-Rouge n’opère aucune distinction d’origine, de religion ou de statut social entre les personnes. Ainsi, notre campagne assure à la mère togolaise, au jeune Salvadorien ou à la bénévole du Kirghizistan autant d’espace et de visibilité qu’à la conseillère fédérale ou au roi de la lutte suisse qui s’affichent comme des fans de la Croix-Rouge. Précisément à une époque où des régions entières du monde sont délaissées par les médias, il nous importe de donner un visage et une voix à des personnes souvent oubliées. Mais notre opération s’appuie sur d’autres supports que les affiches. Publications de la CRS, médias en ligne, appels aux dons et articles dans les médias relaient eux aussi l’histoire de ces laissés-pour-compte, en jetant un éclairage approfondi sur leur vécu.

Nous devons être plus minutieux

Ces récits de l’étranger ne font intervenir que des personnes qui ont été soutenues de façon durable et décisive par la Croix-Rouge. Celles-ci sont consultées au préalable par des collaborateurs locaux de la CRS, qui les informent, supports visuels à l’appui, de la production prévue et de l’utilisation de leur image. Après de minutieuses vérifications, une équipe expérimentée – la même depuis des années – prend les photos sur place et recueille l’histoire de ces personnes afin d’en rendre compte en Suisse.

Ces productions et campagnes soulèvent toujours des questions éthiques. Comment expliquer notre démarche à des personnes qui vivent dans une tout autre réalité? Est-il possible de leur exposer de manière intelligible selon quelles modalités et dans quel but leur histoire et leur image seront exploitées en Suisse? La CRS a toujours postulé que oui, et fait tout son possible, avec l’aide des collaborateurs locaux. Il n’est de plus pas admissible que les photos de ces personnes s’étalent sur des affiches par-delà leur mort, comme cela a été le cas pour Rosius Fleuranvil, un Haïtien âgé. A cet égard, nous devons à l’avenir être plus minutieux dans nos vérifications.

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Nous ne voulons pas non plus occulter la question de savoir s’il est légitime de faire dire à des personnes qu’elles sont «fan[s] de la Croix-Rouge». Il est peu probable qu’elles formuleraient le message ainsi. Nous estimions jusqu’à maintenant que l’identification et l’attachement à la Croix-Rouge des personnes représentées justifiaient que nous leur prêtions de tels mots. Mais ce postulat aussi fait l’objet d’un débat animé au sein de notre organisation.


* Directeur de la Croix-Rouge suisse

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