ISAF, ces quatre lettres sont oubliées. Pire: les voici assurées d’être, pour longtemps, synonyme d’une débâcle historique que tout le monde, à Bruxelles et dans les autres capitales européennes, s’apprête à enterrer dans ce cimetière des illusions stratégiques perdues qu’est l’Afghanistan.

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De mars 2003, soit au terme de la première phase de la guerre contre le terrorisme déclenchée après les attentats du 11 septembre 2001, à sa dissolution en 2015, l’écusson de l’ISAF – la force internationale d’assistance à la sécurité sous commandement de l’OTAN – a pourtant figuré sur tous les uniformes des contingents engagés contre les talibans. Allemands, Français, Anglais, Italiens, Espagnols, Turcs, Danois… Bref, tous les soldats originaires des pays de l’Alliance atlantique et des partenaires de celle-ci (dont 38 soldats suisses déployés entre mars 2003 et février 2008) ont arboré cet acronyme, preuve de leur combat commun pour la réhabilitation de l’Afghanistan et l’installation à Kaboul d’un Etat digne de ce nom.

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Suprême symbole: des généraux non américains se sont même succédé, entre 2001 et 2007, à la tête de cette force qui, en février 2011, culmina avec 150 000 hommes. La preuve était faite, pensait-on, de la nouvelle vocation de l’OTAN, conçue en 1949 pour défendre l’Europe occidentale de l’après-guerre face au péril communiste: s’attaquer aux racines des menaces globales pour protéger notre prospérité mondialisée. Avec, en soutien, l’argent de l’Union européenne mobilisée pour former les futurs cadres afghans (juges, policiers, fonctionnaires…) et subvenir aux besoins de la population malgré l’omniprésence des talibans sur le terrain.

La réalité est que cette guerre aura été à la fois un mirage et un piège américain. Même s’ils ont, pour certains, quitté assez tôt le théâtre d’opérations afghan, les alliés de l’OTAN se sont in fine retrouvés ligotés, incapables de faire entendre leurs différences au sein d’une coalition tributaire des énormes moyens logistiques déployés par les Etats-Unis. Sans parler de leur dialogue de sourds avec le gouvernement de Kaboul, dont la seule assurance vie était à Washington.

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Le retour des talibans, vingt ans après leur défaite de 2001, démontre combien l’analyse des rapports de force et des menaces en vigueur de l’autre côté de l’Atlantique aurait dû être nuancée, corrigée et actualisée. Les Européens en prennent conscience ces jours-ci en voyant la Russie, la Chine et l’Iran se presser pour jouer un rôle futur en Afghanistan, tandis que les migrants afghans lorgnent vers le Vieux-Continent: cette défaite américaine sanctionne aussi leur impuissance. Et une bonne part d’aveuglement.