Près de 450 morts. Voilà le bilan des inondations qui ont frappé l’Afrique du Sud la semaine dernière. Le vrai coupable? L’être humain. Non seulement il génère le réchauffement climatique, mais les inégalités et la mauvaise gouvernance qu’il perpétue entravent l’aide aux populations. Une dynamique dont l’Afrique du Sud constitue aujourd’hui un éloquent exemple.

Sur le plan humain et matériel, le KwaZulu-Natal habité par la majorité zouloue paie le plus lourd tribut de ces pluies diluviennes. Exode rural dû à la pauvreté, multiplication des bidonvilles où vivent désormais un quart des Sud-Africains… Cette région incarne aujourd’hui l’emblème d’un grand mal du pays: les inégalités. L’Afrique du Sud s’avère être aujourd’hui le pays du monde où les disparités sont les plus fortes; être Noir, voilà le facteur qui pèse le plus lourd, selon un rapport de la Banque mondiale sorti le 9 mars. Quel revers pour l’historique Congrès national africain (CAN) qui a fêté en janvier ses 110 ans et pourrait perdre sa majorité aux élections générales de 2024!

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L’autre mal qui ronge aujourd’hui ce pays, si fier en 1994 de son premier président noir, Nelson Mandela, c’est la corruption. Elle diminue l’efficacité des autorités et la qualité des infrastructures, atouts décisifs en cas de catastrophe naturelle. En procès pour 16 chefs d’accusation de fraude, corruption et racket, l’ancien président Jacob Zuma incarne cette dégringolade au point que les Sud-Africains qualifient son temps au pouvoir (de 2009 à 2018) de «neuf ans perdus». L’incarcération, l’été dernier, de l’octogénaire avait provoqué une révolte sanglante dans son fief, le KwaZulu-Natal, lors de laquelle périrent quelque 350 personnes. Et la corruption continue à gangrener l’administration de son successeur, Cyril Ramaphosa, qui a détourné des millions destinés à la lutte contre le covid.

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Décédé fin décembre, l’archevêque anglican et Prix Nobel de la paix Desmond Tutu était un fervent défenseur de l’environnement. En 2009, il s’était fait prophète en déclarant, lors de la Conférence de Copenhague sur le réchauffement climatique: «Cette menace globale nous affecte tous, particulièrement les plus pauvres et les plus vulnérables. Ce simple fait devrait pousser tous les gouvernements à agir. Mon cœur est lourd lorsque j’imagine quelle dévastation nous ferons affronter à nos enfants et aux enfants de nos enfants, si nous n’agissons pas maintenant.»

Ces paroles résonnent aujourd’hui puissamment dans la «nation arc-en-ciel». Et bien au-delà.

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