Editorial

Agir pour éviter un Daillens plus grave

Il y a ceux qui les voient passer et ceux qui ne les voient plus passer. Pour différentes raisons liées à la répartition du trafic et à la volonté d’éviter certaines gares souterraines comme celle de Berne, le trafic des marchandises dangereuses a été concentré sur quelques axes. Il ne circule plus entre Bienne et Delémont, ni entre Berne et Lausanne, par exemple.

En Suisse romande, deux tracés sont concernés par ces matières dangereuses: la ligne du pied du Jura entre Bienne, Neuchâtel, Yverdon et Lausanne, sur laquelle s’est produit l’accident de samedi; et le secteur qui va de la frontière franco-suisse vers le Valais via Genève, Lausanne et la Riviera.

S’il y a un enseignement à tirer de l’accident, heureusement pas aussi dramatique que celui qui s’était produit à Lausanne en 1994, c’est que les élus politiques de Suisse romande doivent rechercher ensemble les moyens de diminuer les risques.

En mars, la conseillère nationale écologiste genevoise Anne Mahrer avait déposé un amendement dont le but était de permettre aux autorités d’interdire ou de réduire les déplacements de ces matières toxiques à travers les agglomérations et d’obliger l’industrie chimique à les composer à moindre distance de leur lieu de destination.

Le Valais avait pris cette démarche pour un affront, car elle s’est accompagnée d’un intense lobbying qui avait en toile de fond le souci des autorités genevoises de pouvoir construire des logements le long des voies alors traversées par les convois de chlore. L’amendement a été refusé.

Son objectif n’était pourtant pas extravagant. Comme l’accident de Daillens ne s’est pas produit entre Genève et le Valais et que le chlore n’est pas en cause, l’occasion est toute trouvée de se remettre autour d’une table. Et celle-ci peut être ronde.

Certes, un groupe de travail réfléchit à des solutions. Mais il est important de réunir tous les acteurs du dossier, c’est-à-dire les autorités politiques de la Confédération et des cantons concernés, les CFF et bien sûr l’industrie chimique elle-même.

C’est d’autant plus indispensable que, si les secteurs vraiment exposés semblent limités, les risques ne vont pas diminuer. Comme le relève le rapport de l’Office fédéral des transports, la densification de l’habitat et la croissance de la mobilité augmentent les croisements entre les trains de voyageurs et les convois de marchandises, ainsi que les passages de ceux-ci dans des zones habitées. On n’est pas à l’abri d’un nouveau Daillens, en plus grave.