Le débat a été intense, mais le résultat est tout à fait clair: 54,6% de la population suisse a refusé le train de mesures d’aides aux médias. Le paquet, mal ficelé, a cumulé les désaccords. Trop diffus, mélange d’aides directes et indirectes, multiplication des bénéficiaires, il a superposé des critiques. Pourtant, les deux camps se sont retrouvés sur bien des objectifs: l’impératif d’une presse forte et indépendante, le besoin d’assurer liberté et diversité d’opinions pour garantir la démocratie et l’importance des médias locaux. Même le concept de soutien – indirect – a gardé la faveur de certains élus UDC, qui n’ont pas remis en question l’aide à la distribution postale déjà en place. Mais les ruptures se lisent dans les résultats: entre la Suisse alémanique et ses éditeurs puissants, d’une part, et la Suisse romande et ses entreprises médiatiques plus fragiles, de l’autre; entre la gauche et la droite sur la vision de l’Etat.

D’autres projets de soutien verront peut-être le jour, mais le marché demeurera, côté privé, le régulateur. Côté service public, ce résultat ne manquera pas de relancer le débat sur la SSR et son rôle. Dans tous les cas, ce dimanche 13 février oblige les rédactions à se remettre en question. La perception de suffisance, celle de médias sous influence et la critique du «politiquement correct» font bien partie aussi du résultat sorti des urnes. Seule réponse possible: pratiquer ce métier avec plus de rigueur encore, chérir la recherche constante des avis contraires à ses propres opinions, poursuivre le travail d’enquête et de terrain et innover. Les médias suisses n’auront d’autre choix que de faire la démonstration de leur nécessité dans une société bouleversée par Google, Facebook et les autres.

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