ÉDITORIAL. Le peuple vote sur la loi fédérale sur un train de mesures en faveur des médias le 13 février prochain. Alors que les sondages donnent peu de chances à ce paquet d’aides, petit rappel du contexte
Il n’a jamais été aussi facile de s’informer. Prenez votre téléphone portable et naviguez. Depuis la création du premier site internet en 1990 puis l’émergence des réseaux sociaux, la quantité de contenus accessibles gratuitement, à tout instant, est phénoménale. Chacun est devenu diffuseur et peut influencer le cours des événements, annoncer l’amerrissage d’un avion sur la rivière Hudson ou rendre visible l’homme en train de mourir sous le genou d’un policier. Face à cette masse de données, est-il bien nécessaire de soutenir les médias en Suisse?
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La réalité économique de ce secteur a radicalement changé en l’espace de trois décennies. Les médias traditionnels ont assisté à l’émergence de cette vague destructrice. Les revenus liés à la publicité et aux petites annonces ont massivement migré vers le web, au profit des géants digitaux américains. La presse payante est devenue de plus en plus dépendante des revenus lecteurs, sur papier ou numérique.
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Concentration et fragilités
S’ajoute à ces caractéristiques globales un très petit marché suisse, morcelé par les langues et les cantons. La concentration s’est engagée. Les plus grands éditeurs nationaux sont tous alémaniques. En Suisse romande, ESH, le Groupe Saint-Paul, l’éditeur de L’Agefi et les autres se battent pour leurs titres, combinant le plus souvent le papier et le numérique. Des médias purement digitaux ont vu le jour. Le Temps et Heidi.news vivent depuis un an avec un nouveau propriétaire, la Fondation Aventinus. D’autres, à l’image de la revue d’histoire Passé simple, s’essaient avec enthousiasme au seul papier, sans parler des radios et télévisions privées indispensables à leur communauté. Mais toutes ces structures évoluent dans un fragile équilibre, parfois grâce à la passion mal rémunérée de quelques personnalités.
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Bien sûr, on pourrait vivre en Suisse sans ces médias. Choisir une pièce de théâtre ou suivre une start-up de la medtech romande en comptant sur son propre réseau, renoncer aux décisions politiques locales et ne plus participer au débat d’idées national. Quant au contrôle démocratique des autorités, dans le fond, on peut estimer que les éditeurs alémaniques ou la SSR feront l’affaire lorsque la situation sera assez grave.
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Imparfaite mais adaptée
La loi sur l’aide aux médias soumise au peuple le 13 février est imparfaite, mais elle résulte d’un long processus et répond ainsi aux différents besoins de cette presse multiforme. Elle ne figera pas les nécessaires évolutions, seuls survivront les titres capables de trouver leur public. De nombreux pays européens ont déjà mis en place de telles mesures. Approuver cette loi, c’est se donner une chance de suivre l’actualité internationale en restant ancré dans sa propre région et soutenir l’indispensable diversité. C’est aussi monter un peu plus haut la digue pour résister au tsunami de Google, Facebook, YouTube et autres et à l’appauvrissement médiatique qui l’accompagne.
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Il y a 1 jour
La diversité des médias indépendants et professionnels et la clé de voûte de la démocratie. Qu'il y aie des tendances affichées à gauche, à droite ou au centre, c'est le but de la formation d'opinions éclairées.
Qui lit encore la "presse"?
Je ne suis pas optimiste à ce sujet.
(Je viens de Hong Kong où la liberté d'expression de la presse se résume à une peau de chagrin. Il est peut-être temps de réaliser la chance qu'on a en Europe et en Suisse).
Je voterai oui au soutient pour le médias locaux.
Il y a 1 jour
L'aide aux médias locaux est indispensable au bon fonctionnement de notre démocratie. Si ce n'était pas le cas seuls quelques journaux appartenant à des millionnaires pourraient défendre leur propre intérêt. La diversité de la Suisse serait menacée.
Il y a 1 jour
on a laissé se développer les mastodontes numériques sans réagir ... quelques millions ne vont pas sauver les quelques titres en suspens . Ce n'est pas la bonne méthode . Il faut penser au journalisme de demain et non pas essayer de sauver celui d'hier !!!
Il y a 1 jour
@Huber G.
Comment voyez-vous le journalisme professionnel et d'investigation de demain par rapport à aujourd'hui?
Il y a 1 jour
Je sais bien que la théorie économique libérale condamne les subventions, et que l'on peut avoir envie de supprimer des revenus d'état à une presse qui n'écrit pas toujours ce qu'on voudrait y lire. Mais il ne peut y avoir de démocratie --surtout directe! -- sans une vrai presse professionnelle.
Je suis rarement d'accord avec les opinions exprimées, mais je dois reconnaitre aux journalistes suisses un vrai effort d'impartialité et un professionnalisme remarquable. Je voterai pour les subventions.
Il y a 1 jour
Je sais bien que la théorie économique libérale condamne les subventions, et que l'on peut avoir envie de supprimer des revenus d'état à une presse qui n'écrit pas toujours ce qu'on voudrait y lire. Mais il ne peut y avoir de démocratie --surtout directe! -- sans une vrai presse professionnelle.
Je suis rarement d'accord avec les opinions exprimées, mais je dois reconnaitre aux journalistes suisses un vrai effort d'impartialité et un professionnalisme remarquable. Je voterai pour les subventions.
François Bonnafy
Il y a 22 heures
Alors que le château de cartes s'effondre, la manière désastreuse et malhonnête avec laquelle les médias ont couvert la crise du covid deux ans durant - refus du débat, investigations lacunaires, contre-vérités, entêtement idéologique, etc. - mérite, comme avec tout manquement professionnel dans la vraie vie, une sanction. Ce refus d'aides leur permettra peut-être un peu d'introspection et d'humilité
Il y a 20 heures
Je ne peux que soutenir Aurélie M. L'absence de toute recherche sérieuse, de tout esprit critique ainsi que la volonté systématique de discréditer ou de museler toute opinion divergente durant la crise de la Covid-19 ont décrédibilisé la quasi totalité des médias, et Le Temps n'y échappe pas. Une presse qui ne joue pas son rôle d'enquêteur, d'ameneur de lumière et finalement de contre-pouvoir ne sert à rien. Je dirai donc NON à tout soutien étatique. Je perdrai aussi bientôt la possibilité de faire un commentaire ici: j'ai résilié mon abonnement qui prendra bientôt fin.
Il y a 19 heures
Qu’une aide aux médias soit nécessaire et bienvenue est une évidence! Mais ce « paquet » qui accorde des milliards (10 en 10 ans) aux grands groupes Tamedia, Ringier, NZZ etc. est-il bien ficelé? Si la loi est refusée les explications ne manqueront pas!
Il y a 18 heures
C'est vrai que les journalistes ont cruellement manqué d'intégrité professionnelle et de courage durant la crise covid, qui s'achève, pour eux, de manière embarrassante. Peut-être vont-ils en tirer les leçons. Ou peut-être préféreront-ils nous ressasser les sujets climat-sexisme-racisme. Ils auront été avertis. NON au paquet d'aide.
Il y a 17 heures
Les GAFAM pillent le travail des agences de presse et se goinfrent du marché de la publicité qui faisait vivre les journaux, toutes tendances confondues. Les journaux gratuits nous abreuvent d'informations tronquées, futiles et orientées. Alors oui, certes certains journalistes manquent de curiosité mais ce n'est pas en les faisant disparaître que le paysage médiatique s'arrangera. Il est intéressant de souligner l'empressement d'un conseiller fédéral à critiquer cette loi lorsque son mécéne de parti possède 25 journaux gratuits qui "informent" la Suisse centrale et orientale. L'information est une arme et celui qui la possède façonne la politique du pays.
Il y a 16 heures
J’ai grandi avec un frère schizophrène à une époque où les journalistes rappelaient à chaque faits divers tragiques à quelle point cette maladie était dangereuse et à quelle point elle était génétique. Je pense que c’était des « bonnes ventes » pour vos patrons. Surtout il y avait un inconscient collectif qui voyait la famille comme forcément coupable. Résultat j’ai dû endosser très jeune un rôle de proche aidant auprès de mes parents qui déprimaient alors que le reste de la famille nous laissait tomber. Plus tard, beaucoup d’amis ont coupé les ponts avec moi à l’instant ou je me confiais à eux sur ce sujet. J’ai trouvé ma vie très compliquée. Aujourd’hui je sais que vous avez une formation pour mieux communiquer sur ce sujet. Alors ça je le sais, je connais aussi les conséquences de vos articles lorsque vous communiquiez mal sur ce sujet…..mais je ne pense pas que le public le sache car vous n’avez jamais fait d’articles sur les conséquences de vos articles sur les frères et sœurs de schizophrènes, ni sur votre remise en question pour mieux communiquer sur ce sujet. Bref un changement de pratique de votre part a été constaté mais aucun mea coulpa sur votre ancienne pratique n’a été fait….. tout n’a pas donc pas objectivement dit car cela ne vous arrangeait pas que cela se sache…