Il n’a jamais été aussi facile de s’informer. Prenez votre téléphone portable et naviguez. Depuis la création du premier site internet en 1990 puis l’émergence des réseaux sociaux, la quantité de contenus accessibles gratuitement, à tout instant, est phénoménale. Chacun est devenu diffuseur et peut influencer le cours des événements, annoncer l’amerrissage d’un avion sur la rivière Hudson ou rendre visible l’homme en train de mourir sous le genou d’un policier. Face à cette masse de données, est-il bien nécessaire de soutenir les médias en Suisse?

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La réalité économique de ce secteur a radicalement changé en l’espace de trois décennies. Les médias traditionnels ont assisté à l’émergence de cette vague destructrice. Les revenus liés à la publicité et aux petites annonces ont massivement migré vers le web, au profit des géants digitaux américains. La presse payante est devenue de plus en plus dépendante des revenus lecteurs, sur papier ou numérique.

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Concentration et fragilités

S’ajoute à ces caractéristiques globales un très petit marché suisse, morcelé par les langues et les cantons. La concentration s’est engagée. Les plus grands éditeurs nationaux sont tous alémaniques. En Suisse romande, ESH, le Groupe Saint-Paul, l’éditeur de L’Agefi et les autres se battent pour leurs titres, combinant le plus souvent le papier et le numérique. Des médias purement digitaux ont vu le jour. Le Temps et Heidi.news vivent depuis un an avec un nouveau propriétaire, la Fondation Aventinus. D’autres, à l’image de la revue d’histoire Passé simple, s’essaient avec enthousiasme au seul papier, sans parler des radios et télévisions privées indispensables à leur communauté. Mais toutes ces structures évoluent dans un fragile équilibre, parfois grâce à la passion mal rémunérée de quelques personnalités.

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Bien sûr, on pourrait vivre en Suisse sans ces médias. Choisir une pièce de théâtre ou suivre une start-up de la medtech romande en comptant sur son propre réseau, renoncer aux décisions politiques locales et ne plus participer au débat d’idées national. Quant au contrôle démocratique des autorités, dans le fond, on peut estimer que les éditeurs alémaniques ou la SSR feront l’affaire lorsque la situation sera assez grave.

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Imparfaite mais adaptée

La loi sur l’aide aux médias soumise au peuple le 13 février est imparfaite, mais elle résulte d’un long processus et répond ainsi aux différents besoins de cette presse multiforme. Elle ne figera pas les nécessaires évolutions, seuls survivront les titres capables de trouver leur public. De nombreux pays européens ont déjà mis en place de telles mesures. Approuver cette loi, c’est se donner une chance de suivre l’actualité internationale en restant ancré dans sa propre région et soutenir l’indispensable diversité. C’est aussi monter un peu plus haut la digue pour résister au tsunami de Google, Facebook, YouTube et autres et à l’appauvrissement médiatique qui l’accompagne.