Revue de presse

«Air Force Un», l’avion poubelle du leader nord-coréen Kim Jong-un

L’Iliouchine Il-62 que le leader nord-coréen devrait prendre pour se rendre au sommet avec Donald Trump le 12 juin fait un peu souci. La caducité de l’appareil a dû peser dans le choix de Singapour

Ce sera donc le 12 juin à Singapour: dans un mois, Donald Trump et Kim Jong-un se rencontreront lors d’un sommet historique pour discuter du crucial enjeu de la dénucléarisation en Corée du Nord après des mois de tensions. Si Air Force One devrait en toute bonne logique transporter le locataire de la Maison-Blanche dans la cité-Etat asiatique, qu’en sera-t-il du leader de Pyongyang, qui ne se déplace pratiquement jamais en dehors des frontières de sa RPDC, hormis à quelques reprises ces tout derniers temps?

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Pour répondre à la question, il faut d’abord savoir que l’avion qui a transporté le dirigeant nord-coréen en Chine cette semaine s’appelle officiellement Chammae-1, explique l’Agence France-Presse, en référence à l’autour des palombes, l’oiseau national de la Corée du Nord. Cette symbolique n’est pas innocente, puisque, selon le site Vogelwarte.ch, «puissant, rapide et fougueux prédateur capable de terrasser un renard», l’autour des palombes est un rapace au regard féroce et «d’une sauvagerie farouche». Le portrait craché du passager de l’avion? «Il se tient le plus souvent caché à l’affût dans la forêt, dont il ne sort que brièvement lors de ses chasses ou de ses parades amoureuses.»

Pour l’heure, Chammae-1 n’est autre qu’un assez misérable Iliouchine Il-62, décrit par le site Aviationsmilitaires.net comme un glorieux avion de ligne long courrier soviétique. A l’époque de sa commande par les autorités de Moscou, «il devait pouvoir emporter 165 passagers à 900 km/h sur 8000 km» et «être équipé d’aides à la navigation et à l’atterrissage par mauvais temps»! La presse occidentale, depuis, a donné l’amusant surnom d'«Air Force Un» à l’exemplaire personnel de Kim, en référence au nom du Boeing de son homologue états-unien.

Iliouchine présenta son projet en février 1960, qui fut accepté peu après par le gouvernement soviétique «et visité en public par Nikita Khrouchtchev». Son vol inaugural eut lieu le 2 janvier 1963, sa mise en service le 10 mars 1967 et son premier vol international, de Moscou à Montréal, le 15 septembre de la même année. Une capacité transatlantique, donc, ce qui représentait une première pour un appareil soviétique. Il fut mis en service non seulement par Aeroflot, mais aussi par la plupart des compagnies aériennes du Pacte de Varsovie, de Cuba, de Chine, du Vietnam, d’Afrique et… de Corée du Nord, pour la compagnie Air Koryo.

Pas le fils de son père

Datant donc de la guerre froide, ce vieil Iliouchine Il-62 officiel du pouvoir nord-coréen a fait son apparition il y a quatre ans, lorsque les observateurs occidentaux ont fini par se rendre compte que Kim Jong-un l’utilisait pour des voyages personnels à travers la RPDC. Lui et son épouse avaient été aperçus pour la première fois en train de débarquer de l’appareil en mai 2014. Depuis, le leader de Pyongyang le prend régulièrement, ce qui tranche avec les pratiques de son père et prédécesseur Kim Jong-il, qui avait l’avion en horreur et ne se rendait à l’étranger qu’en train haute sécurité.

A l’international, Air Koryo «n’a pas beaucoup de destinations possibles: une dizaine en Chine, plus Moscou et Vladivostok une fois de temps en temps et c’est tout», précise le site Avionslegendaires.net. Mais «au cas où elle aurait des velléités de venir en Europe», ce serait de toute manière impossible, puisque ces avions «sont interdits de séjour dans l’espace aérien» de l’UE. Et pour cause, «la majorité d’entre eux» devrait «se trouver dans les collections d’un musée», cette flotte commerciale étant «ultra-vieillissante».

«Président de la Commission des affaires d’Etat»

Voilà pourquoi, entre autres, c’est Singapour – à la place de la Suisse, par exemple… – qui a été choisi pour le sommet Trump-Kim du 12 juin. Afin de limiter les risques encourus par cet avion dont seulement 28 exemplaires restaient en service en 2011, en lui faisant prendre la route d’une destination «pas trop éloignée» de Pyongyang, précise le Tages-Anzeiger. Aujourd’hui, l’exemplaire pour le moins caduc du leader est frappé du nom officiel de la Corée du Nord, de son drapeau et d’un emblème rouge et jaune ceint par la mention «Président de la Commission des affaires d’Etat».

Rares ont été les occasions de voir à quoi ressemblait sa cabine. Mais sur des photos publiées mercredi par le journal nord-coréen Rodong Sinmun, on voit le numéro un assis dans un fauteuil en cuir, regardant par la fenêtre et saluant ses hôtes chinois, à la fois fier et amusé comme un enfant jouant dans un décor style RDA. Sur son bureau en bois verni, on aperçoit ce qui ressemble à un téléphone et un routeur ainsi qu’un ordinateur portable argenté. Un écran semblant montrer sa trajectoire est monté au-dessus du hublot attenant à son siège:

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