Le président de la Confédération, Alain Berset, a plaidé dimanche pour une lutte commune face aux défis mondiaux du XXIe siècle: «Nous devons, ensemble, de manière positive, créative et crédible, trouver des solutions à ces défis sur le plan international», a-t-il déclaré sur les ondes de la RTS, peu après avoir assisté au début du Forum pour la paix organisé à Paris dans la foulée des célébrations du centenaire de l’armistice de 1918.

Il a expliqué, dans Forum, sa présence auprès de 70 autres chefs d’Etat, aux côtés de Donald Trump, Angela Merkel, Vladimir Poutine ou encore Justin Trudeau, lors de la grande cérémonie sous l’Arc de triomphe, où brûle la flamme du souvenir, rappelant l’ampleur d’une guerre aux 18 millions de morts. «C’est une guerre qui a été extrêmement meurtrière, une boucherie», mais qui a «permis d’aboutir à la stabilité et à la paix que nous connaissons aujourd’hui».

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Le président a par ailleurs jugé qu’il était «faux de dire que la Suisse n’était pas présente» lors de la Grande Guerre: «Nous y avons vu la reconnaissance» de sa «tradition humanitaire, qui a permis à des soldats blessés de se reposer, de se soigner et de rentrer à la maison […] C’est peut-être encore plus utile aujourd’hui dans un monde très incertain et instable. […] Il y a de nouveau des mouvements d’instabilité et de repli sur soi.»

Par ailleurs, Alain Berset s’est dit «très touché» de l’invitation. D’autant plus que la Suisse n’avait pas été invitée lors du 50e anniversaire de l’armistice, en 1968, relèvent les quotidiens de Tamedia. La Tribune de Genève, notamment, indique encore que le président de la Confédération «a participé à une table de discussion avec le président du Mali avant de regagner Berne». Il a apprécié «les mots forts du président Macron sur les événements et sur notre responsabilité».

Paris, puis Rome: «Prima a Parigi, poi dal Papa», comme on peut le lire sur le portail Tio.ch/20 minutiL’Agence télégraphique suisse ajoute qu’Alain Berset – qui ne s’arrête plus – se rend ce lundi au Vatican, où il rend visite au pape François. «A l’ordre du jour, le dossier humanitaire et d’autres sujets internationaux, tels que l’objectif de rétablir la paix dans la péninsule coréenne.» Les problèmes de la Garde suisse pontificale, avec le projet de construction d’une nouvelle caserne, figurent au menu des discussions. Et le programme comprend aussi un entretien avec le cardinal secrétaire d’Etat Pietro Parolin et l’archevêque Paul R. Gallagher, ministre des Affaires étrangères du Saint-Siège.

Le président de la Confédération se rendra ensuite à l’Institut suisse de Rome, qui a pour mission de promouvoir la culture et la science de ce pays en Italie, avec le concours de plusieurs services de l’administration fédérale, dont Pro Helvetia. A ce propos, le Portail catholique suisse précise que cette date du 12 novembre 2018 «n’est pas anodine»: «Elle marque les 100 ans de l’armistice de 1918, mais aussi du rapprochement de la Suisse et du Saint-Siège à la suite d’une coopération qui avait permis à plus de 67 000 blessés d’être soignés en Suisse.»

Et de poursuivre ainsi: le ministre français de la Guerre, Georges Clemenceau, «le considérait comme un pape boche, tandis que les Allemands le surnommaient le pape français: si l’impartialité de Benoît XV (1914-1922) n’a pas toujours été favorablement accueillie par les belligérants de la Première Guerre mondiale, il n’en reste pas moins que ce pape diplomate en a fait un levier au service de ses projets humanitaires, alors que l’Europe était à feu et à sang.»

Des projets d’envergure

Cette coopération a été très concrète. Alors que Benoît XV cherchait «un lieu pour soigner les blessés des deux camps», le cardinal Léon Adolphe Amette lui avait suggéré de solliciter la Suisse ou les Pays-Bas. «Le pape jettera en premier lieu son dévolu sur la Suisse, berceau des Conventions de Genève (1864), auxquelles le Saint-Siège avait adhéré. […] Son interlocuteur privilégié sera le conseiller fédéral tessinois Giuseppe Motta», avec des projets «d’envergure»: des hôpitaux et des centres d’accueil à Leysin, à Montana, au bord du lac des Quatre-Cantons ou à Davos. «Des médecins suisses collaboreront avec leurs homologues français et allemands dans la prise en charge des blessés.»

Cent ans plus tard, si l’on considère que le discours d’Alain Berset à la fin de septembre à l’ONU contrastait pour le moins avec les tentations isolationnistes de Donald Trump et si l’on se souvient aussi de ce fameux cliché du président prenant des notes assis sur un trottoir à New York qui avait fait le buzz sur internet, on peut dire que, malgré ses attitudes «humbles», le Fribourgeois sait aussi donner de la voix, et il l’a encore démontré de manière assez tonitruante, mais calme, dans un récent débat d’Infrarouge, sur la RTS, concernant la votation du 25 novembre prochain à propos de ces «juges étrangers» qui viendraient se mêler de nos affaires:

Après sa visite au Vatican, Alain Berset poursuivra son voyage à Palerme, où il participera, à l'invitation du président du Conseil des ministres italien, Giuseppe Conte, à la conférence internationale de deux jours sur la Libye. La Conférence, qui démarre de lundi soir, vise à aider la communauté internationale, l'envoyé spécial de l'ONU en Libye, Ghassan Salamé, et des dirigeants libyens à stabiliser le pays. La Suisse soutient ce processus, ainsi que l'engagement de l'ONU en faveur de la paix en Libye et dans la région.

Bref, on a affaire à un vrai diplomate. Et d’aucuns prêchent déjà pour que, dès l’élection complémentaire au Conseil fédéral du 5 décembre prochain, après la démission de Doris Leuthard et de Johann Schneider-Ammann, la répartition des départements donne lieu à des envies de rocade, comme le pense l’ex-diplomate Georges Martin, sur son blog hébergé par LeTemps. ch:

Sept raisons pour Alain Berset de reprendre les Affaires étrangères

Puisqu’il est «porteur dans le monde de la tradition humaniste et multilatéraliste de la Suisse», ce conseiller fédéral socialiste qui défend une «politique étrangère visible, stable, fiable et prévisible», il faudrait que le Conseil fédéral se saisisse de l’occasion. «La solution s’impose d’elle-même: qu’Alain Berset reprenne le DFAE! Le Parti socialiste doit sacrifier les siens aux intérêts supérieurs du pays. D’autant plus que les candidats dont on parle pour succéder aux démissionnaires n’offrent pas toutes les garanties, tant s’en faut, pour, de manière efficace, reprendre immédiatement notre diplomatie en friche depuis un an, […] le bilan de santé […] du docteur Cassis [n’étant] pas convaincant»: «Il est quasi invisible.»