Revue de presse

Alan Roura, le «Bébé» suisse du Vendée Globe, héros d’un jour aux Sables-d’Olonne

Le Genevois a bouclé son premier tour du monde en solitaire à la voile, sans escale ni assistance. Les médias saluent cette «victoire de la débrouille» après une bonne centaine de jours en mer. Et lui, dès que le vent soufflera, promet-il comme Renaud…

«Il l’a fait», écrit Le Télégramme de Morlaix, qui ne peut s’empêcher, comme beaucoup, de reprendre le cri du jour: «Hip hip hip Roura!» En hommage à celui qui, «après une enfance bercée au clapotis du Léman puis une adolescence traversée sur l’Atlantique et le Pacifique», s’était «très tôt lancé le défi d’accomplir ses rêves de course au large», lit-on sur la page d’accueil de son site internet. Ce lundi, à l’âge de 23 ans, le Genevois Alan Roura (La Fabrique), le plus jeune participant de l’histoire de la course, a donc terminé son premier Vendée Globe à la 12e place, en franchissant la ligne d’arrivée après 105 jours, 20 heures, 10 minutes et 32 secondes de course, son premier tour du monde en solitaire sans escale ni assistance.

Le site de la course raconte sa conférence de presse aux envolées lyriques, dont les meilleurs extraits sont aussi publiés quasi in extenso par Ouest-France. Un exemple? «Mon bateau est une légende de la course au large. Il dégage un truc, il est beau. Il est rond. Il est doux. Un bateau, ça doit être élégant. Bernard (Stamm) a toujours été mon idole. Je me suis dit que mon Vendée Globe, c’était avec ce bateau, car il allait m’emmener au bout. Il pourrait aller au musée, mais il a prouvé qu’il n’était pas encore prêt à être rangé.»

C’est «la victoire de la débrouille», titre le quotidien de Rennes, au terme de ce parcours que l’on peut revivre dans plusieurs vidéos publiées sur YouTube. Un film racontera aussi cette épopée, que le site Sports.fr qualifie de «record de précocité». Il sortira en avril prochain, indique pour sa part Le Matin. «Plusieurs personnes ont partagé leur impression sur les réseaux sociaux, et notamment sur Facebook, et ont laissé des commentaires très émouvants et aussi très positifs à l’idée de la sortie de ce film», dont l’affiche sera ornée de cette photo:

«Arnaud Boisières, Fabrice Amedeo et Eric Bellion, arrivés durant le week-end, sont venus» accueillir leur ami Roura «en mer pour le féliciter». Peu après, raconte 24 heures, «très ému, Alan a longuement serré ses proches dans ses bras, avant de profiter de ses premiers cadeaux, un peu de fromage et de viande séchée». Le quotidien vaudois publie aussi plusieurs photos de cette arrivée jubilatoire, très très largement relayée, comme il se doit, sur les deux pages Facebook et sur le compte Twitter du jeune marin. Où il faut aussi mentionner le micromessage d’un conseiller fédéral jamais en retard d’un compliment patriotique sur les réseaux:

«J’ai trouvé tout ce que je suis venu chercher sur ce tour du monde», résume le héros du jour à la chaîne TV de L’Equipe, sous les vivats de la foule présente lundi en Vendée. Le site de France Télévisions rappelle de son côté que «celui que les plus anciens surnomment le «Bébé de la flotte» s’était déguisé le jour du départ, le 6 novembre dernier: le skipper avait pris la mer dans la tenue de Corto Maltese, caban bleu marine, pantalon beige, chaussures en daim et casquette sur son visage juvénile. Cent cinq jours plus tard, […] c’est avec émotion, fierté et humilité qu’il est revenu au port»: «Je suis très content de cette course, explique-t-il, de me retrouver là.. J’ai appris beaucoup de choses: me connaître, connaître mes limites, surmonter ses peurs, passer du rire aux larmes.»

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Depuis plusieurs jours, on l’avait vu la barbe hirsute sur les photographies, après qu’il eut perdu son rasoir durant la course. Le skipper qui fêtera son 24e anniversaire dimanche prochain, le 26 février, a franchi la ligne d’arrivée aux Sables-d’Olonne peu après 8h GMT. Et 20 minutes de préciser, détail hautement important, que «peu de temps après son retour à terre, le skipper de La Fabrique a dû dire au revoir à ses poils. Un barbier s’est en effet chargé de le raser de près, pour le plus grand plaisir de sa compagne Aurélia, de sa maman Myriam et d’autres dames de son entourage.»

Les internautes du quotidien gratuit ne cachent d’ailleurs pas leur enthousiasme: «Du haut de tes 23 ans, tu as géré comme un grand captain Haddock!!! L’avenir est à toi et tu nous as bien fait rêver sur ce Vendée Globe!!! Bravo», s’exclame l’un d’entre eux, tandis qu’un autre fait plutôt dans le patriotisme (local), en lui disant qu’il représente «une grande fierté pour les Suisses et les Versoisiens. Maintenant, espérons que des gros sponsors (suisses) sauront l’aider pour qu’il gagne le Vendée Globe.»

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Musique d’avenir? «Malgré son jeune âge, le Suisse est déjà un vieux briscard», dit l’Agence France-Presse (AFP). Au départ de cette 8e édition du Vendée Globe, il a eu un parcours émaillé d’incidents: perte de ses fichiers météo pendant la traversée du Pot au Noir – entre continent africain et sud-américain –, problème de fixation de son safran tribord dans les mers du sud, rupture du même safran dans le Pacifique, nombreux passages de cargos… «Il y a une part de peur mais au moins j’aurai fait un beau Vendée Globe. Je me serai battu du mieux que je pouvais. Je peux rentrer la tête haute», avait-il déclaré quelques jours avant l’arrivée, cité par les organisateurs de la course.

«Alan Roura a grandi, Alan Roura a mûri, pour la Tribune de Genève. Celui qui s’est présenté hier matin devant un parterre de journalistes n’est plus le même que celui qui a quitté Les Sables-d’Olonne il y a trois mois et demi. Le garçon fougueux a laissé place à un jeune homme posé, qui partage avec aisance l’expérience extraordinaire qui vient de le transformer.» Et puis, «à peine arrivé», comme dans une célèbre chanson de Renaud, «Roura est déjà partant! Rendez-vous en 2020»:

Vainqueur de cette édition, le Français Armel Le Cléac'h (Banque populaire VIII) est arrivé aux Sables-d’Olonne le 19 janvier, dans un temps record de 74 jours, 3 heures, 35 minutes et 46 secondes. Il reste encore six skippeurs en course, le dernier, le Français Sébastien Destremau (TechnoFirst-faceOcean), ayant franchi l’équateur dimanche matin.

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