Éditorial

Alep peut mourir

Les habitants d’Alep peuvent crier. Ils peuvent mourir. L’essentiel, c’est de garder en vie le faux-semblant de processus diplomatique

Faut-il déclarer mortes les discussions de Genève sur la Syrie? D’une certaine manière, mieux vaudrait signer l’acte de décès au plus vite. Et ce, non seulement pour éviter de prolonger une agonie longue et pénible, tout juste entretenue artificiellement. Cet acharnement thérapeutique est aujourd’hui plus grave encore. Car s’il est toujours possible d’alléguer quelques succès, et des vies vaillamment arrachées aux griffes de la guerre grâce aux efforts des diplomates, l’argument ne tient plus. Le remède, parfois, peut être pire que le mal.

Les armes comme seul argument

Le siège implacable que subit aujourd’hui une partie de la ville d’Alep et ses dizaines, voire centaines, de milliers de civils innocents? Il est certes dû à une multitude de facteurs, à la dynamique de la guerre, aux aléas des combats. Mais surtout à ces fausses échéances que, faute de mieux, le «processus de Genève» a plantées dans le sable afin de se donner les apparences d’avancer. Quoi de plus banal que de tenter de multiplier les gains sur le terrain avant que les ennemis se réunissent, peut-être, autour d’une même table de négociations?

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Cette démarche peut être vue comme un simple effet pervers devant toute perspective de règlement. Mais en Syrie, cet à-côté s’est transformé en réel moteur de la guerre. Tout le reste n’est que façade et discours creux. La seule réalité est celle du terrain, le seul argument, celui des armes.

Les négociations comme façade

En période électorale, tétanisée à l’idée qu’un attentat puisse offrir la victoire au républicain Donald Trump, l’administration de Barack Obama n’a de force que pour combattre les djihadistes, fût-ce avec des opérations qui, demain, risquent d’aggraver encore le mal: à Alep, une partie de la population est déjà prête à croire que les avions américains bombardent désormais l’opposition aux côtés des Russes.

Face à Washington, précisément, Moscou s’est fait depuis longtemps sa religion. Les mêmes bombes, ou peu s’en faut, mais d’autres victimes, et un savant montage destiné à faire semblant de masquer ses objectifs réels, qui consistent à garder au pouvoir, quoi qu’il arrive, les maîtres actuels de Damas.

C’est sur ces deux comparses que comptent les discussions de Genève pour progresser. Les habitants d’Alep peuvent crier. Ils peuvent mourir. L’essentiel, c’est de garder en vie ce processus en faux-semblant.

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