Revue de presse

Alerte à Pékin, qui suffoque sous le sable du désert de Gobi

Ce phénomène printanier a pris une tournure inquiétante pour les personnes les plus vulnérables ce jeudi. Le «Dragon jaune» en rajoute au smog massif que produit déjà la capitale chinoise

On n’y voit plus rien et l’on parvient à peine à respirer à Pékin et dans le nord-ouest de la Chine depuis qu’une vaste tempête de sable a frappé, ce jeudi. Un phénomène saisonnier, aggravé par la désertification, qui a provoqué l’annulation d’au moins 48 vols, dont six liaisons internationales vers d’autres destinations en Asie ou en Russie, selon le site internet de l’aéroport de Pékin. De telles tempêtes surviennent régulièrement au printemps, quand de violents vents venus du nord qui traversant le désert de Gobi soufflent sur Pékin et alentours.

On y constate aussi une forte détérioration de la qualité de l’air: la capitale chinoise est plongée dans un épais brouillard de couleur grège, et nombre de résidents qui s’aventurent à l’extérieur portent des masques respiratoires ou des foulards pour se protéger le visage. La visibilité à Pékin était réduite à 1 kilomètre jeudi matin, indiquent les médias d’Etat et comme le montre cette vidéo:

La densité de particules nocives de taille supérieure à 10 microns de diamètre (PM 10) avoisinait 900 microgrammes par mètre cube, selon le site de référence de mesure de la qualité de l’air Aqicn.org, soit près de vingt fois le niveau maximal recommandé par l’OMS pour une exposition de 24 heures. Les autorités municipales ont appelé la partie de la population la plus sujette aux troubles respiratoires, les jeunes enfants et les personnes âgées, à ne pas sortir:

En dehors de Pékin, cette vaste tempête de sable couvre de larges portions du nord-ouest du pays, selon des informations et des images de la télévision d’Etat CCTV. La capitale chinoise a bien tenté de mettre en place une ceinture verte autour de la capitale pour limiter le phénomène, mais ces efforts restent insuffisants pour enrayer les effets d’une désertification toujours plus grande des régions du nord de la Chine, fruit d’une déforestation massive menée au cours des dernières décennies.

Ces tempêtes de sable annuelles viennent s’ajouter à une pollution atmosphérique endémique d’origine industrielle, devenue l’un des principaux sujets de mécontentement de la population et à l’origine de centaines de milliers de décès prématurés. Car «quand le désert avance, l’homme et ses activités reculent», explique très justement la très bonne série documentaire d’Arte Planète sable, dont parle le quotidien français Sud-Ouest. «S’il est moins spectaculaire visuellement que le recul des glaciers, réchauffement climatique oblige, le phénomène constitue un enjeu planétaire majeur»:

Un épisode de cette série, «La Chine, en guerre contre le Dragon jaune», montre précisément que l’Empire du Milieu est particulièrement menacé: «Ses déserts anciens, apparus il y a longtemps dans le nord et le centre du pays, continuent de s’étendre. De nouveaux sont en formation. Les zones arides et semi-arides couvrent désormais la moitié de son gigantesque territoire. Elles grignotent peu à peu les terres arables, dont le recul force de nombreuses populations villageoises à se déplacer. Les barrières végétales naturelles qui se dressent aux confins des déserts ne sont ni assez nombreuses ni assez puissantes pour retenir le sable qui s’envole et retombe sur Pékin»:

Ainsi, «à chaque printemps, lit-on encore dans le dossier de ce passionnant documentaire, la capitale chinoise et sa région sont noyées, durant des jours entiers, dans les tempêtes de sable. Mêlant sédiments et poussières de sable, ce «Dragon jaune» contre lequel les autorités se mobilisent affecte directement plus de 250 millions de personnes. […] Engagées contre l’avancée inexorable de ces déserts, (...) des équipes scientifiques sont également à pied d’œuvre pour réintroduire des espèces végétales dans les sols appauvris.»

Même depuis l'espace...

On le voit, l’enjeu est important, de dimension planétaire. D’ailleurs, dans les zones où «le tissu urbain est dense, ininterrompu», le phénomène ne fait aucun doute, à en croire les propos de l’astronaute français Thomas Pesquet, que Paris Match a interviewé à bord de la Station spatiale internationale (ISS). En Chine, il aperçoit très bien, «malheureusement», les dégâts: «Il y a des villes que je n’ai jamais pu prendre en photo. Pékin est toujours recouverte d’une couche de brouillard qui, d’ailleurs, n’en est pas une: c’est de la pollution. Même la nuit, on y voit mal! C’est trouble, opaque. Et le jour, c’est pire. La Chine n’est pas la seule concernée, l’Europe et les Etats-Unis aussi. Un peu toute la planète…»

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