Il savait qu’il serait arrêté. Il y est quand même allé. En descendant de l’avion qui le ramenait de Berlin, Alexeï Navalny s’est brièvement exprimé, sachant que la scène qui allait suivre vaudrait tous les discours. «Je n’ai pas peur», a-t-il déclaré avant de se diriger vers le contrôle des passeports où il a été appréhendé quelques minutes plus tard. L’obstination de cet homme propulsé dans un système judiciaire absurde pourrait lui valoir de nombreuses années de prison.

Lire aussi l'article lié: Le Kremlin ne fait pas de quartier pour Navalny

Si le geste de l’opposant russe s’inscrit dans un contexte bien précis, il a pourtant une portée universelle. Sa décision courageuse est un antidote puissant aux maux de notre époque que sont la peur, le cynisme et le désespoir.

Lire également: Trajet Berlin-Moscou-prison pour l'opposant russe Alexeï Navalny

Il réaffirme le pouvoir d’un seul individu prêt à défendre ses convictions de manière pacifique. Personne n’obligeait Alexeï Navalny à retourner à Moscou. Personne ne l’aurait blâmé de poursuivre son combat en exil après avoir échappé de peu à la mort. A tous ceux qui, désabusés, proclament que tout est joué d’avance et que les puissants sont intouchables, il répond: «Essayez pour voir.»

Lire encore: L’extraordinaire coup de fil d’Alexeï Navalny à ses bourreaux

Il rappelle que nous vivons dans un monde où la source de certains maux recèle aussi des opportunités fantastiques. Internet, repaire de trolls et déversoir de toutes les frustrations, constitue le levier d’Alexeï Navalny. Bien avant son empoisonnement, il y diffusait ses enquêtes sur la corruption de l’élite russe, vues des dizaines de millions de fois. Grâce aux nouvelles technologies, il a scénarisé son retour dimanche en live streaming.

Il remet par ailleurs en évidence le rôle central des démocraties pour les opposants et les défenseurs des droits humains du monde entier. Son arrestation a été condamnée par les Européens. Mais aussi par la future administration américaine, signe du retour tant attendu des Etats-Unis sur la scène internationale.

Il consacre enfin le rôle des symboles. Le baiser échangé avec son épouse Ioulia sous l’œil des policiers raconte une histoire à laquelle chacune et chacun peut s’identifier. Les sceptiques en questionneront la sincérité. Les cyniques y verront une tentative de manipulation. La vérité est ailleurs: la politique est faite de symboles. Alexeï Navalny a choisi celui de l’amour. L’antidote à la peur.