Hexagone Express

Alfred Dreyfus voulait une France unie, Tariq Ramadan rêve du contraire

OPINION. La justice française a autorisé mardi 10 septembre la diffusion du livre de Tariq Ramadan «Devoir de vérité». L’ouvrage, disponible en Suisse dès cette semaine, assène sur l’affaire Dreyfus de dangereuses contre-vérités

Alfred Dreyfus était un patriote français. Jamais, tout au long de son calvaire personnel, militaire, politique et judiciaire entre sa mise en accusation et sa déportation au bagne pour «haute trahison», le 22 décembre 1894, et l’annulation de sa condamnation le 12 juillet 1906, le capitaine alsacien de confession juive ne s’en est pris au pays qui, pourtant, l’expédia à l’île du Diable. Et ce, malgré les fautes commises à son encontre, résumées en 1998 par le ministre de la Défense Alain Richard: «Nous savons que plusieurs des pouvoirs constitués de l’époque s’étaient fourvoyés, écrivait-il lors de l’inauguration d’une plaque en l’honneur d’Alfred Dreyfus à l’école militaire. Le Gouvernement, l’institution militaire, le Parlement, l’autorité judiciaire ont pris part à la stigmatisation du Capitaine Dreyfus, convaincu d’espionnage après une enquête faussée. Chacune de ces institutions s’était montrée perméable à deux dérives qui pesaient lourdement sur la société: d’une part la révérence passive pour l’autorité en place, d’autre part, l’antisémitisme.»

Dénonciation de l’islamophobie

Tariq Ramadan est de nationalité suisse. La France, depuis ses débuts en tant que prédicateur musulman, a toujours constitué en premier lieu un «bassin» de fidèles, d’auditeurs et de lecteurs pour ses ouvrages. C’est à Lyon que l’islamologue a accédé à la notoriété dans les années 1990 grâce au soutien de l’Union des jeunes musulmans (UJM) et des réseaux de la confrérie des Frères musulmans fondée par son grand-père égyptien, Hassan al-Banna, persécuté par Nasser. C’est à Saint-Denis, ville au confluent de toutes les immigrations au nord de Paris, que le prédicateur Tariq Ramadan s’était installé pour collaborer au centre Tawhid d’études islamiques. Lequel, en mars dernier, a refusé de le réintégrer. Rien à voir donc, dans les parcours de ces deux hommes, à un siècle de distance. L’un, Alfred Dreyfus, avait intégré l’Ecole polytechnique, puis l’armée, pour défendre la France avec, en tête, le cruel souvenir de l’annexion allemande de l’Alsace-Lorraine en 1871. L’autre, Tariq Ramadan, a commencé à évoquer en 2016 sa possible demande de naturalisation française – rendue possible par son épouse – en dénonçant une république présumée discriminatoire pour les musulmans.