Si vous zappez sur M6 un lundi soir à 21h, c’est peut-être parce que, comme moi, vous aimez voir s’ériger des pièces montées dans Le Meilleur Pâtissier. Ou alors parce que, comme 2,5 millions de Français, vous dévorez secrètement un truc encore plus guimauve: Mariés au premier regard. Une téléréalité dans laquelle les participants acceptent d’épouser, sans l’avoir rencontrée, la personne qu’aura sélectionnée pour eux l’émission. Un partenaire compatible, identifié grâce à des tests «scientifiques» – interrogatoire psychologique, préférences morphologiques, reniflement d’un t-shirt porté la nuit, le tout recoupé par des algorithmes.

Les épisodes sont affreusement lents, la pseudo-psychologue se fend de commentaires d’une niaiserie à peine supportable, mais il faut l’avouer, Mariés au premier regard a quelque chose de fascinant. Qu’une candidate résume face caméra: «Je suis incapable de trouver quelqu’un qui me corresponde, donc je m’en remets à la science pour trouver l’homme de ma vie.»

Variable complexe

Et si l’ordinateur pouvait jouer l’entremetteur? La question n’est pas nouvelle, mais se pose particulièrement aujourd’hui, à l’heure de l’intelligence artificielle toute-puissante. Et la fiction explore plus que jamais le sujet. Osmosis, série française dévoilée sur Netflix ce printemps, raconte les dessous d’une start-up parisienne développant une application capable de former des couples parfaits. Prémisses qu’on retrouve dans Zoe, film avec Léa Seydoux sorti l’an dernier, ou dans Hang the DJ, mémorable épisode de Black Mirror.

Lire aussi:  «Osmosis», une fastidieuse anticipation amoureuse

De la soupe télévisuelle

Dans la réalité, on est loin d’avoir trouvé la formule. Vous serez effondrés d’apprendre que sur trois saisons, seuls un ou deux «mariés au premier regard» ont survécu à la lune de miel. Et outre cette soupe télévisuelle, je ne vois sérieusement pas comment la technologie, aussi savante soit-elle, pourrait percer l’énigme du sentiment amoureux. Faire émerger des traits de personnalité communs, oui, mais garantir une symbiose immédiate? L’humain n’est-il pas la variable la plus imprévisible, la plus indéchiffrable? C’est ce que confirme une étude américaine de 2017 qui a échoué à garantir, grâce au machine learning, la compatibilité de deux êtres. De retour à la case Tinder.

L’âme sœur, un mythe

Dommage: ce serait sacrément rassurant de pouvoir s’en remettre aux algorithmes pour un choix aussi cornélien! Mais peut-être faudrait-il se rappeler que l’âme sœur est un mythe. Qu’il n’y a pas de soupirant «sur mesure» ni de «couple 100%». Juste une équation à deux inconnus, qui se trouvent, se plaisent et décident de se donner une chance. Quant à la probabilité que ça dure, mieux vaut ne pas la calculer… et laisser le mystère planer.


Chronique précédente

Avec la mort d’iTunes, la fin d’une ère