Sur les réseaux

Allaiter en robe de mariée? Quel scandale!

La photo d'une jeune mariée québécoise donnant le sein à son bébé relance le débat sur l'allaitement en public

Donner le sein à son bébé quelques minutes avant de dire «oui»? Le cliché d’une jeune Canadienne allaitant le jour de son mariage a provoqué une avalanche de réactions sur la Toile. Entre réactions offusquées et plaidoiries maternelles, les internautes sont divisés. Un cas particulier qui illustre combien l’allaitement demeure un geste fortement connoté, source de stigmatisations et de représentations multiples.

Allaiter en public est souvent perçu comme un acte indécent ou inapproprié – dans les pays occidentaux du moins. Ne pas allaiter du tout, une marque de froideur et de détachement. Tiraillé entre deux extrêmes dans ce qui s’apparente à une «guerre idéologique», difficile alors, pour les mères, de savoir comment faire juste. D’autant que la société sacralise le lait maternel, pour ses vertus immunitaires notamment.

«Déballage d’intimité»

Sous la photo exhibant pêle-mêle tulle blanc, sein dénudé et sourires radieux, les commentaires s’accumulent. Il y a ceux que ce «déballage d’intimité» choque. «On se croirait dans les pays sous-développés. Maintenant on revoit ça à tous les coins de rue. Avec les tire-lait il y a quand même moyen d’avoir de la pudeur», s’indigne Catherine Procureur sur le site Sudinfo.be avant d’ajouter: «Pour une fois, vous pouviez tirer votre lait.» «Moi, c’est la robe de mariée blanche ET le bébé dans les bras qui me dérange», ajoute Eric de Waha.

Félicitations Madame, vous avez fait ce que vous aviez à faire et de toute façon, il y aura toujours des personnes frustrées pour juger.

Mariage ou pas, l’allaitement reste un «devoir de mère» pour certains internautes qui volent au secours de la future mariée. «Félicitations Madame, vous avez fait ce que vous aviez à faire et de toute façon, il y aura toujours des personnes frustrées pour juger», défend Eden Hunter. D’autres jouent la carte de l’ironie: «Choquant? C’est tout à fait naturel! Et puis, ne dit-on pas que l’église est composée de saints», plaisante Carine Ostyn.

Lire aussi: Humiliée pour avoir allaité son bébé au resto, elle écrit un plaidoyer en ligne

Pour Christina Torino-Benton, la jeune maman canadienne, l’explication est simple. Sa petite fille Gemma, âgée de neuf mois, «n’avait pas bien dormi pendant sa sieste, elle râlait beaucoup et avait faim. Je ne tire pas mon lait et je ne laisse jamais pleurer mon bébé. Quand j’ai vu qu’elle commençait à pleurnicher, je ne pouvais plus me concentrer sur mon mariage.» En publiant la photo dans un groupe Facebook de soutien à l’allaitement maternel, la Québécoise souhaitait revendiquer son droit à disposer de son corps comme bon lui semble.

L’allaitement est devenu l’objet d’une guerre idéologique: l’article paru ce mardi dans Le Temps se penche justement sur ce dilemme. Et en particulier sur la stigmatisation dont sont victimes les femmes qui recourent aux substituts pour nourrir leur bébé. Sur la page Facebook du Temps, les internautes réagissent. «Hallucinant qu’en 2016 je me sente jugée quand je dis aux gens que je n’ai pas choisi l’allaitement au sein», déplore une participante.

Brandi à outrance par certaines militantes féministes, l’allaitement perd son sens et devient contre-productif. «Ces intégristes nous épuisent, on a aussi le droit de ne pas avoir envie d’allaiter, arrêtons de culpabiliser les mères pour tout et n’importe quoi», s’indigne une autre lectrice.

Une question de choix

Lait maternel ou artificiel, allaitement en public ou en privé, tire-lait ou biberon: la manière dont on nourrit son enfant est avant tout une question de choix. «Posez-vous la question de la position équilibrée qui convient, déclare une internaute. Chaque maman doit pouvoir gérer elle-même ses besoins.» Un choix qui s’avère parfois imposé, relève une lectrice «car la prématurité par exemple et d’autres facteurs physiologiques influencent le processus» de l’allaitement.

Et le droit des pères?

Sans substituts de lait maternel, il serait bien plus compliqué pour les pères de prendre un congé paternité. Un lecteur en témoigne: «Grâce au lait maternisé, ma femme peut reprendre sa carrière.» Dans ce débat, les pères ont aussi leur mot à dire.

Lire aussi: Ne pas allaiter, est-ce un péché?

Publicité