Editorial

En Allemagne, vent de panique à la CDU

EDITORIAL. Les élections régionales de Bavière, dimanche, pourraient fortement secouer le parti de la chancelière. A l’est du pays, il n’est plus tabou de vouloir gouverner avec l’extrême droite

Pour l’Allemagne, les élections en Bavière sont davantage qu’un scrutin régional. C’est un test quasi existentiel pour la chancelière Angela Merkel, qui n’a cessé de marteler l’importance de ce rendez-vous électoral. A l’heure où les partis historiques, CDU/CSU (26%) et SPD (15%), voient leur ancrage populaire s’effondrer, comme en Italie et en France, deux enseignements pourraient sortir des urnes dimanche soir.

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Le premier a trait au populisme qui, depuis l’arrivée d’un million de migrants en Allemagne en 2015, a connu une montée en flèche. Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) a déjà fait son entrée au parlement fédéral et dans 14 parlements régionaux. Il est crédité de 16% des intentions de vote à l’échelle fédérale. Aujourd’hui, personne ne sait vraiment comment interrompre son ascension. La situation économique de l’Allemagne est bonne, la criminalité est limitée et l’afflux migratoire s’est fortement tari. Se disant proche des gens, l’AfD n’est pourtant pas plus impliquée dans la vie locale que d’autres partis. Mais elle a su capter l’angoisse face à une hyper-globalisation perçue comme étant de plus en plus menaçante et exacerber un nationalisme qui vénérerait l’homogénéité ethnique, voire religieuse. Avec les Verts, qui ont su capitaliser sur la peur du changement climatique, l’AfD va sans doute mettre fin à la domination presque sans partage de l’ultra-conservatrice CSU en Bavière.

Le second enseignement a trait à Angela Merkel. Depuis treize ans au pouvoir, la chancelière du «Wir schaffen das» est très contestée au sein de sa formation dans la partie orientale du pays, qui va au-devant de trois scrutins régionaux périlleux en 2019. Sa légendaire aptitude à laisser passer l’orage pour surmonter les crises et son autorité morale ne suffisent plus à convaincre. On ne la voit plus comme une machine à gagner des élections. Depuis le pic de la crise migratoire, elle sert de fait la rhétorique incendiaire de l’AfD.

Ce constat provoque un vent de panique au sein de la CDU. En Saxe, il n’est même plus tabou d’envisager de gouverner avec l’AfD. Une perspective qui choque ces Allemands qui se disent à juste titre fiers du travail accompli par l’Allemagne sur son passé et qui ne peuvent imaginer l’extrême droite entrer dans un gouvernement, même régional. Mais les prochaines échéances électorales, à commencer par la Bavière, diront si les leçons de l’histoire, moins bien apprises à l’est du pays, résisteront aux sirènes des nouveaux nationaux-populistes.

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