La situation sanitaire s'aggrave dans notre pays et nous comprenons la nécessité pour les cantons et la Confédération de renforcer les mesures de protection de la population. Cependant, nous ne comprenons pas pour quelle raison les cinémas feraient partie des premiers lieux à devoir être fermés comme l’ont décidé dernièrement les autorités valaisannes, bernoises et italiennes, cherchant une solution pour faire face à la recrudescence des cas de Covid-19 dans leur région. Une analyse objective des faits devrait conduire à l’inverse: ces lieux sont des refuges et doivent être fermés en dernier.

Des mesures suffisantes

Les fermetures des cinémas ont en effet été prononcées en même temps que celles des théâtres, des musées et des bibliothèques, laissant à penser que ces lieux de culture sont actuellement, d’une quelconque façon, dangereux. Ils présenteraient donc autant de dangers que les discothèques, les stades de foot ou les salles de fitness, qui ont été fermés en même temps. Et représenteraient donc plus de dangers que les restaurants, les bars, les salons de coiffure ou de massages qui eux, restent ouverts. 

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Contrairement à tous ces lieux, où il peut sembler difficile de respecter constamment les règles de sécurité sanitaire comme la distanciation ou le port du masque par exemple, les salles de cinéma et autres salles de spectacle, où le public est assis, offrent une sécurité éprouvée au-delà même des exigences de l’Office fédéral de la santé publique et des médecins cantonaux. La vision d’un film dans une salle de cinéma reste en effet un moment où l’on peut se sentir en sécurité.

C’est un fait: à ce jour, en Suisse, aucun cinéma n’a été identifié comme lieu de départ de la moindre infection. Cette constatation est également observable dans les autres pays.

Certes, il faut prendre les chiffres avec précaution, mais si on les compare aux données des autres lieux de notre vie sociale, ce type de résultat est assez extraordinaire.
 
Enfin, pas tant que cela. Les raisons de cette relative sécurité sont d’abord inhérentes à notre métier. Les spectateurs sont assis tranquillement, concentrés, à la découverte d’un nouveau film, regardant tous dans la même direction. Pas d’alcool, pas d’activité physique et pas de contact rapproché risquant de faire oublier les gestes barrières. Mais cette sérénité est aussi directement liée aux mesures prises par les cinémas: tous les spectateurs sont masqués, ils restent à bonne distance les uns des autres, les salles sont systématiquement ventilées durant et entre les projections et le flux des spectateurs entre les séances est géré afin que les partants et les arrivants ne se croisent pas. 

Le besoin de s'évader

Si, au printemps, la population suisse a pu s’aérer l’esprit dans la nature et atténuer ainsi partiellement l’impact psychologique d’un semi-confinement, tout porte à croire que les longs mois d’hiver qui s’annoncent vont être plus difficiles à supporter. Maintenir ouverts les lieux de culture permettrait à la population de s’évader et d'échapper, pour un temps, au climat anxiogène généré par cette pandémie, sans pour autant que cette activité fasse prendre des risques inconsidérés aux spectateurs qui se rendent dans ces lieux.

La perspective toute proche d’avoir à renoncer aux traditionnelles fêtes de famille de fin d’année ne réjouit personne. Pourquoi, dans ce cas, priver les gens de cinéma et de spectacles dans des lieux aussi sécurisés?

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On comprend bien qu’aujourd’hui l’objectif des autorités est d’assurer le plus longtemps possible l’ouverture des magasins et des entreprises pour ne pas entraver la bonne marche du commerce. L’enjeu sanitaire voudrait toutefois qu’on définisse une liste des activités plus ou moins risquées et qu’on ferme les établissements dans l’ordre de cette liste. A ce compte-là, les cinémas devraient faire partie des derniers lieux à devoir fermer et non pas des premiers.


*Edna Epelbaum, exploitante, Meryl Moser, exploitante, Loïc Trocme, distributeur, Marc Maeder, distributeur, Laurent Dutoit, exploitant et distributeur, Jean-Yves Gloor, attaché de presse

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