Côté face: la guerre, des cohortes de réfugiés et des exactions dénoncées par les ONG. Les djihadistes mettent en scène la crucifixion de leurs ennemis. Côté pile: en sous-main, des alliances qui basculent ou changent de nature et des rapprochements que l’on aurait crus impossibles. Les Etats-Unis sont amenés à collaborer avec l’Iran, leur meilleur ennemi.

Face à la menace que représente l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), Washington n’a eu d’autre choix que de revenir en Irak. Le groupe djihadiste dispose de moyens militaires et financiers dont Oussama ben Laden n’osait probablement pas rêver. Surtout, l’EIIL menace directement les Etats de la région, Irak en tête, et indirectement l’Occident, par le biais de kamikazes endoctrinés et prêts à tout. Le groupe ambitionne de modifier les frontières dessinées par les anciennes puissances coloniales: la France et le Royaume-Uni. Pour contrer ce péril urgent, le président américain Barack Obama s’appuie sur l’Iran, plus que sur ses anciens amis de la péninsule Arabique, soupçonnés d’avoir secrètement financé les djihadistes. Il ne peut pas tout à fait compter sur la Turquie non plus, dont le gouvernement n’a pas montré beaucoup de fermeté face aux réseaux islamistes opérant en Syrie pour faire chuter le régime de Bachar el-Assad.

Des conseillers militaires et des membres des forces spéciales encadrent les troupes irakiennes qui tentent de reprendre Tikrit, la ville où est né Saddam Hussein. Les Iraniens ne sont pas en reste, le chef des bataillons Al-Quds, ennemi juré des forces américaines, a envoyé ses troupes à la rescousse, guidées par des drones américains.

Téhéran voudrait tirer profit de ce rapprochement renversant en liant le dossier nucléaire à son effort en Irak. Lors des négociations de Vienne qui se sont achevées il y a dix jours sans aucun progrès significatif, les émissaires de Téhéran pensaient tenir le couteau par le manche, mais pour Washington il n’est pas question de contracter une nouvelle alliance contraignante. Le jeu a changé, il est devenu plus pragmatique. Barack Obama a délaissé la mission de démocratisation promue par son prédécesseur, George W. Bush, mais il n’hésitera pas à défaire les mariages contre nature ni à tourner le dos à des alliés devenus encombrants. Signe de changement, le roi Abdallah d’Arabie saoudite a plaidé pour une lutte contre l’extrémisme lors d’un discours pour le début du ramadan.

 

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