Cette semaine, j’ai été contacté sur WhatsApp par Elchin Amirbayov, «conseiller diplomatique de la première vice-présidente d’Azerbaïdjan». «Je suis disponible pour parler de notre position.» Où était-il au juste, à Genève où venaient de se tenir des discussions sur le Haut-Karabakh? «Je suis à Bakou, mais je reste tout à fait joignable.» Allô Bakou, j’écoute! M. Amirbayov estime que l’on a une lecture biaisée du conflit qui renaît entre son pays et l’Arménie. Il faut, dit-il, le mettre dans son contexte pour comprendre. J’ai aussitôt fait remarquer qu’un de nos journalistes attendait depuis dix jours un visa pour Bakou, où les médias internationaux sont peu nombreux et où internet a été bloqué. Cela étant posé, il fallait bien reconnaître que le point de vue arménien a jusqu’ici dominé notre lecture des événements avec, en filigrane, la crainte d’un nouveau génocide ourdi par l’ennemi turc par l’entremise de son allié azerbaïdjanais. Voici donc le point de vue de Bakou.

Un «bout de papier»

La veille, a commencé par dire Amirbayov, les forces arméniennes ont tiré un missile Scud sur Gandja, deuxième ville d’Azerbaïdjan. Dans la nuit du 10 au 11, l’encre d’une trêve humanitaire arrachée par Sergueï Lavrov au terme d’une dizaine d’heures de négociations avec ses homologues arménien et azerbaïdjanais réunis à Moscou n’était pas sèche depuis cinq minutes que Nikol Pachinian, premier ministre arménien, repartait à l’offensive. Bilan: «Dix civils tués et 34 blessés. Un crime de guerre», conclut le diplomate. La trêve n’était qu’un «bout de papier». A l’entendre, c’est ainsi que l’Azerbaïdjan se ferait rouler dans la farine depuis trente ans, depuis une défaite militaire au moment de l’éclatement de l’ex-URSS qui a permis l’instauration d’une région autonome autoproclamée du Haut-Karabakh, sous contrôle arménien, arrachée au territoire azerbaïdjanais. Quatre résolutions de l’ONU («822, 853, 874 et 884», énumère-t-il) stipulent qu’il fait partie de l’Azerbaïdjan. «Voilà vingt-sept ans qu’elles sont lettre morte.» Et le Groupe de Minsk (Russie, Etats-Unis, France), chargé de faire avancer leur application, reste impuissant. Ou plutôt, chaque fois que la négociation fait mine d’avancer, Erevan rallumerait les braises afin d’assurer le statu quo.

Cette fois-ci, les provocations ont démarré le 12 juillet, avec une première attaque arménienne sur la «frontière internationale», c’est-à-dire entre les deux pays, et non pas avec la région autonome. Puis il y aurait eu des livraisons d’armes à Erevan (17 avions-cargos russes). Ensuite, Nikol Pachinian aurait assisté à l’intronisation d’un nouveau «président du Haut-Karabakh». Après quoi, le Haut-Karabakh aurait intensifié la colonisation en offrant un refuge aux Arméniens du Liban fuyant leur pays après les explosions de Beyrouth. Le même Pachinian aurait alors déclaré – une autre première – que le Haut-Karabakh faisait partie de l’Arménie. Enfin, la région autonome annonçait vouloir déplacer sa «capitale» à Choucha. «Une ville de poètes et de compositeurs qui était habitée à 91% d’Azerbaïdjanais avant l’occupation et le nettoyage ethnique opéré par l’Arménie.»

Mme Aliyeva

Arrive enfin le 27 septembre. L’Arménie attaque dans trois directions. «Cette fois-ci, nous avons mené une contre-offensive pour reprendre nos territoires», poursuit le diplomate qui fut cinq ans ambassadeur à Berne, puis à Paris. A ce jour, Bakou affirme avoir récupéré 30 villages et deux villes. «Mais nous aimerions reprendre la négociation autour d’une table plutôt que sur le champ de bataille.»

Cette version des faits est contestée en tous points par Erevan. Mais au fait, qui est la première vice-présidente d’Azerbaïdjan, ai-je demandé avant de raccrocher? «Mehriban Aliyeva.» Aliyeva, comme Aliyev, le président d’Azerbaïdjan depuis 2003, qui a lui-même succédé à son père? «Oui, la femme porte chez nous le nom féminisé de son mari.» La vice-présidente est donc la femme du président? «Oui.» Je venais de parler au conseiller diplomatique du numéro 2 d’Azerbaïdjan, que d’aucuns décrivent comme la future présidente.

Lire à ce sujet: Haut-Karabakh: «Je me suis retourné, je n’avais plus de maison»

Lire également: Karabakh: l’imprudence fatale d’Erevan

Et encore: Israël, allié discret de l’Azerbaïdjan face à l’Arménie

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.