Révolution de palais

Allô, la France? Rien ne va plus…

L’éjection des opérateurs téléphoniques de l’EuroAirport de Bâle-Mulhouse jette un nouveau froid entre Berne et Paris, selon notre chroniqueur. Symptomatique d’une France qui va mal…

La France va mieux, Hollande avait raison. On l’a appris à nos dépens, la semaine dernière à Berne. Certes, nos voisins ploient sous une dette abyssale, les entreprises étouffent, les jeunes chôment, les banlieues implosent. Tout cela est vrai. Mais la France remporte encore des victoires diplomatiques majeures. Pas en Syrie, mais à Bâle-Mulhouse: jeudi, elle a éjecté les opérateurs téléphoniques suisses de l’aéroport bâlois. Enfin, alsacien pour être précis. Nous sommes en France.

C’est peut-être un détail pour vous, mais pour elle ça veut dire beaucoup: la France ne va pas aussi mal qu’on le dit. Hollande le martèle depuis des semaines à un peuple en crise, «ça va mieux». Le peuple ne savait pas très bien de quoi parlait le président. Il a enfin compris: la France va mieux, car elle démonte des antennes de téléphonie mobile suisses dans un aéroport franco-suisse. La croissance suivra certainement.

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Seul inconvénient de ce coup de force: ça jette un froid entre nos deux pays. Tout allait pourtant si bien, avant. Nous étions heureux. Déjeuners à l’ambassade, franches accolades, champagne et bonne humeur. L’époque haineuse du Swiss bashing sarkozyen était révolue. Lors d’une récente séance de la délégation helvétique auprès du parlement français, que j’ai l’honneur de présider, nous remarquions avec bonheur que nos relations étaient au beau fixe. Jamais, en fait, elles n’avaient été aussi cordiales. Le bonheur, en somme. Et soudain, rien ne va plus.

Nos amis français sont imprévisibles. C’est contrariant. Le mois dernier, nous nous tapions dans le dos. Aujourd’hui, nous nous tapons dessus. Comme ça pour rien. Le peuple français risque de ne pas comprendre, une fois de plus. Comme en témoignent ces réactions, sur le site du quotidien L’Alsace: «C’est honteux», dit l’un. «Nous sommes minables», ajoute un autre. Court, efficace, mais surtout révélateur du mal français: un peuple lucide, une élite aveugle.

Au bord de la banqueroute

La France coule, et son élite reste digne. Sûre d’elle. C’est peut-être ça, la grandeur de la France: couler avec dignité. Ses élus ne donnent aucun signe d’affolement. Au bord de la banqueroute, ils restent sereins. Tel un joueur de casino, ruiné à l’aube. En tenue de soirée, coupe de champagne à la main. On aimerait lui dire de quitter la table. Rentrer à la maison, et se remettre au travail. Mais on ne peut plus le joindre. Il y a de la friture sur la ligne. Les antennes sont démontées, le déclin est programmé. Faites vos jeux. Rien ne va plus.

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