Vu de Suisse, Amazon pourrait à première vue faire sourire. Le groupe a beau être numéro un mondial du commerce électronique, il ne s’est jamais donné la peine de créer un site web dédié à notre pays. Et même s’il y réalise un chiffre d’affaires annuel estimé à 500 millions de francs, il n’a pas, pour l’heure, bouleversé les habitudes des magasins suisses de vente en ligne.

Mais d’ici peu, les grands acteurs helvétiques de la distribution pourraient regarder Amazon d’un autre œil. Lundi, le groupe a ouvert non seulement son deuxième magasin physique à Seattle, un an après avoir fait un premier test avec une librairie. Il s’est surtout lancé dans la vente, sur 170 mètres carrés, de produits frais. Sans caisses et sans employés… Amazon suit ses clients via leur smartphone, avec un paiement automatique lorsqu’ils quittent le magasin.

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Bien sûr, ce n’est qu’un test. Mais il est à prendre avec sérieux. Maître dans la gestion des données sur Internet, Amazon appliquera certainement avec succès ses recettes dans le monde physique, entraînant dans son sillage ses gigantesques concurrents américains que sont Walmart et Target.

Il y a la technologie. Mais il y a aussi l’assortiment, gigantesque et sous-estimé de l’extérieur. Semaine après semaine, Amazon ne cesse d’étendre son catalogue. Aux Etats-Unis, il revendique ainsi la mise à disposition de pas moins de 500 000 produits frais, des salades aux plats cuisinés, livrés dans un temps record. Déjà disponible en Grande-Bretagne, ce service sera forcément, un jour ou l’autre, accessible en Suisse. Et même s’ils se protègent avec leurs services de livraison à domicile, Coop et Migros seront forcément touchés par ces avancées. Tout comme ces distributeurs, aux positions d’apparence si solides, devront embrasser les innovations technologiques testées, et ensuite adoptées, par Amazon.

Les progrès du numéro un mondial du e-commerce n’auront pas seulement un impact sur les acteurs locaux de la distribution. Ils en auront aussi sur les consommateurs. Il n’est pas certain que tous acceptent d’être ainsi tracés, de rayon en rayon, via leur téléphone. Effectuer des achats de manière anonyme sera ainsi impossible, Amazon complétant sa collection de données sur ses clients. D’ici à ce que son supermarché du futur soit lancé à grande échelle, il est possible que les consommateurs aient accepté d’être ainsi pistés. Car somme toute, aujourd’hui, plus personne, ou presque, ne s’offusque qu’Uber garde des données sur les trajets effectués avec ses chauffeurs…