éditorial

Ambiance fin de règne à Genève

ÉDITORIAL. En refusant de quitter son fauteuil de conseiller d’Etat et en se faisant désormais passer pour une victime, Pierre Maudet aggrave encore la crise institutionnelle

Cela fait maintenant huit mois que Genève vit au rythme de l’affaire Maudet. La République est passée par tous les états. Il y a d’abord eu la perplexité en regardant ce prodige de la politique, tout juste réélu au premier tour et appelé à prendre la présidence du gouvernement, se débattre maladroitement dans une histoire de voyage et de cadeau. La stupeur et l’indignation sont ensuite venues avec l’aveu, certes encore édulcoré, du mensonge. Il y a désormais le gros malaise à voir ce ministre – le même qui exigeait des autres une exemplarité sans faille – s’accrocher à son fauteuil contre vents et marées. Pire. Se poser en victime quitte à déchirer sa propre famille politique.

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Cette fuite en avant du premier de classe semble avoir tout déstabilisé sur son passage, faisant tomber les barrières du respect ou du bon sens. Les syndicats de police, qui avaient déjà la langue bien pendue, se sont engouffrés dans la brèche et se sont laissés aller à des propos très excessifs contre leur désormais ex-magistrat de tutelle. Plus généralement, la rupture de confiance engendrée par les cachotteries du conseiller d’Etat a aussi provoqué, assez logiquement, une déferlante de rumeurs plus ou moins farfelues.

Fébrilité

Même du côté de ceux qui tiennent les rênes des institutions, on sent monter la fébrilité. Dans une démarche assez singulière, le Ministère public, qui avait pourtant réussi à se tenir loin du psychodrame politique, a fait parvenir mercredi dernier au Conseil d’Etat un extrait du procès-verbal dans lequel Pierre Maudet reconnaît avoir eu une attitude totalement indigne de sa fonction. Le moment de cette sorte d’information spontanée entre autorités ne doit sans doute rien au hasard. Quant au gouvernement, il se débat encore – après avoir déjà procédé en urgence à des réorganisations bancales – pour trouver une nouvelle répartition des dossiers lui permettant de continuer à marcher avec ce gros caillou dans la chaussure.

Seul à détenir la clé pour sortir de cette situation de crise et d’intrigues en tous genres, Pierre Maudet, qui avait pourtant fait campagne sur le thème de l’action responsable, a choisi d’adopter la posture du résistant. Lui, qui sait si bien manier l’affectif et qui s’adressera mardi à ses fidèles, devrait aussi se rappeler cette vérité de Nietzsche: «Ce qui me bouleverse, ce n’est pas que tu m’aies menti, c’est que désormais, je ne pourrai plus te croire.»

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