Editorial

Les ambitions originales du Jura

Comme la collection de 166 alambics anciens qu’il a reçue de la Régie fédérale des alcools, le trésor constitué de 1350 empreintes de pas de dinosaures trouvées dans son sous-sol a tout du cadeau empoisonné pour le Jura. A l’heure où les sites paléontologiques se multiplient et se concurrencent, le canton n’a d’autre choix que d’imaginer un concept original, à sa taille et ses moyens, pour valoriser un patrimoine certes exceptionnel mais aucunement garant automatique d’attractivité.

La gestion des traces de dinosaures jurassiens pose, de manière générale, la question de la mise en valeur du patrimoine géologique. Avec les tiraillements entre tenants de l’orthodoxie scientifique et conservatrice, ceux qui refusent d’y consacrer des moyens publics et ceux qui veulent en tirer un parti exclusivement touristique et ludique.

Le Jura joue une judicieuse double carte, scientifique et authentique. Il se doit d’avoir un musée digne de ce nom pour garantir la crédibilité du concept. Il dessine en complément un géoparc, emmenant le visiteur dans les empreintes vieilles de 152 millions d’années, pour les voir, les toucher, vivre une émotion. Ou comment se divertir intelligemment, dans un espace naturel.

Ambition gouvernementale, la campagne d’image du dernier-né des cantons s’enrichit d’expériences positives. Le programme PaléoJura est appelé à être une valeur sûre et pérenne – pour autant que les décideurs ne reculent pas au moment de mettre la main au porte-monnaie. Le canton a également besoin d’opérations d’éclat, comme l’organisation réussie d’une étape du Tour de France, arrivé dimanche dernier à Porrentruy. Il en a non seulement tiré une bonne publicité pour ses paysages, mais il a aussi démontré qu’un petit canton, aux moyens limités, ose s’immiscer avec culot dans un événement d’ampleur mondiale. Le Jura y a prouvé son audace, son savoir-faire, sa capacité à relever un défi, à se passionner et à recevoir.

S’il a raison de se profiler hors des sentiers battus, le Jura ne doit pas pour autant négliger les standards de l’attractivité, comme l’accessibilité – elle s’améliore avec le TGV qui met Porrentruy à 2h40 de Paris et la Transjurane –, la fiscalité, l’arrimage aux pôles de développement que sont les agglomérations ou une culture économique qui vise davantage la valeur ajoutée que la main-d’œuvre frontalière bon marché.